‹ La journée du 14 juillet 1789Chapitre 44 sur 110 · CLXXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

CLXXII INTRODUCTION

cinq heures du soir. Cette disgrâce était l'œuvre de Marie- Antoinette. Personne ne s'y trompa. Le gendre de Necker, le baron de Staël, alors embassadeur de Suède à Paris, écrivait, le 12 juillet, au roi son maître: « Cette révolution est faite par la reine (i). » Deux mois plus tard, dans une longue dépêche (2) qui fut probablement rédigée par sa femme, ce diplomate exposait toutes les intrigues qui avaient déterminé ce changement de politique, dont les conséquences avaient été si considérables ; il en accusait encore la reine, le comte d'Artois et la coterie Polignac. Salmour, qui vivait dans cette société, confirme sur ce point le témoignage de son collègue. En outre, le neveu de Besenval nous apprend que, dans la crainte que Louis XVI, toujours indécis, ne vînt à changer d'avis, on n'attendit pas pour effectuer ce changement, que les préparatifs militaires fussent complètement achevés et que toutes les troupes fussent arrivées (3). Ce

(i) Correspondance diplomatique du baron de Staël- Holstein, p. 107-108. M. de Staël, ou plutôt sa femme, prévoyant les suites de cet événement, disait : « Le nouveau ministère semble trop odieux pour qu'il puisse subsister. La nation le renversera selon toutes les apparences, mais, hélas I par quel moyen! La fermentation est dans ce moment à un point qui fait tout craindre. Le roi est infiniment à plaindre. Il est impossible de prévoir le malheur que sa faiblesse peut attirer sur la France. »

(2) Cette dépèche du ij septembre 1789 {Ibidem, p. iii; à 12^) est à rapprocher des chapitres xxi et xxii de la première partie des Considérations sur la Révolution française de M"»« de Staël. Necker a aussi exposé ses vues sur ce sujet au commencement du tome II de la Révolution française.

(?) « La légèreté du comte d'Artois a été seule la cause de tous les malheurs dont l'Etat a été accablé... La haine personnelle des gens, qui entouraient ce malheureux prince, contre M. Necker a été cause de tout ce qu'on a tenté pour le renvoyer et c'est à une cabale de deux cents courtisans qu'on doit attribuer la subversion entière du royaume et les

flots de sang qui, à l'heure qu'il est, coulent de toutes parts Sans

attendre l'arrivée entière des troupes, sans s'assurer de leurs sentiments, les chefs de celte cabale, ne voyant que les dépouilles ministérielles, dont ils s'allaient revêtir, hâtèrent le renvoi de M. Necker...., La précipitation du renvoi des ministres a fait avorter tout le plan. » {Archives de Dresde. Salmour à Stutterheim, le 19 juillet 1789.) « Le jeudi 16, toutes les troupes devaient être arrivées et les grands coups se frapper; mais les événements du Palais-Royal, la défection des gardes-françaises ayant motivé le vendredi une conversation avec le duc d'Orléans, au sortir de laquelle le roi paraissait ému, de crainte qu'on ne parvînt à le faire changer de résolu-

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