CCLXVI INTRODUCTION
teurs! et ces cris étaient mêlés au son des trompettes, de la musique guerrière et au bruit de l'artillerie dans tous les lieux où les canons étaient placés (i). »
A THôtel de Ville, Bailly présenta au roi la cocarde tricolore en lui disant : « Sire, j'ai l'honneur d'offrir à V. M. le signe distinctif des Français. » Le roi la prit de très bonne grâce et la mit à son chapeau. Ensuite il monta l'escalier de l'Hôtel de Ville sous la voûte d'acier maçonnique, formée par les épées nues que croisaient au-dessus de sa tête les représentants de la Ville. La foule se pressait autour de lui ; il marchait, dit Bailly, avec l'assurance d'un bon roi au milieu d'un bon peuple. A son entrée dans la salle les applaudissements, les cris de Vive le Roi éclatèrent de toutes parts. Quand il eut pris place sur son trône, il entendit encore plusieurs discours Ensuite il voulut parler; mais il était trop ému; il ne put que balbutier ces paroles : « Vous pouvez toujours compter sur mon amour. » Le peuple, qui remplissait la place, demandait le roi à grands cris. Louis XVI se coiffa de son chapeau, où était attachée la cocarde nationale et parut à une des fenêtres de l'Hôtel de Ville. A sa vue, les applaudissements éclatèrent de tous côtés, nombreux et nourris. Ensuite le roi quitta l'Hôtel de Ville et se retira par le même chemin qu'il avait suivi en venant. Il dut encore une fois passer lentement au milieu de ses sujets en armes. Mais on remarqua qu'au retour les acclamations qui le saluaient étaient plus chaleureuses qu'à l'arrivée. Le peuple avait repris confiance (2).
Enfin sur les dix heures du soir Louis XVI rentra à Versailles, brisé de fatigue, mais sain et sauf. Il n'avait eu à souffrir que dans sa fierté et dans sa dignité. Dans cette mémorable journée, où il avait, pour ainsi dire, proclamé lui-même la victoire de Paris, il avait dû demander
(i) Mémoires de Baillx, t. II, p. 57 et s. (2) Ibidem.