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frein en silence, jusqu'à ce que les circonstances lui parussent favorables pour organiser une coalition des puissances étrangères et préparer l'invasion de la France. Louis XVI, au contraire, se serait aisément résigné à accepter la nouvelle situation qui lui était faite. Il le prouva tout aussitôt.
Le 17 juillet, le maréchal de Broglie avait quitté de bonne heure Versailles, entouré d'un nombreux étatmajor et suivi de plusieurs régiments de cavalerie et d'infanterie. Cette longue colonne, dit Mercy qui la rencontra, ressemblait à une armée en déroute après la perte d'une bataille. Alors Louis XVI, abandonné detout le monde, alla, le jour même, à Paris, consacrer par sa visite le triomphe de la Révolution. C'était un grand acte de courage. Craignant d'être mis à mort ou d'être retenu en otage^ le roi avait fait ses dévotions le matin et avant de quitter ses appartements de Versailles, où il doutait de pouvoir revenir, il avait remis au comte de Provence des pleins pouvoirs de lieutenant général du royaume. Ensuite il était parti bravement, accompagné seulement de quelques grands officiers de sa maison et d'une dizaine de gardes du corps. Pour la première fois, dans une circonstance solennelle, il se voyait privé de l'appareil qui entourait naguère encore la majesté royale ; c'était comme une dégradation. Les aristocrates en furent peut-être encore plus attristés que leur malheureux maître. L'un d'eux nous a laissé de ce départ de Versailles un tableau mal composé, mais bien vivant.
« Je sortis, dit-il, de la séance, pour envisager d'un œil philosophique le départ du roi pour Paris. Monté en conséquence à une fenêtre dans l'avenue de Paris, quel vaste champ s'ouvrit alors à la réflexion! Ce même roi qui, deux mois avant, était venu ouvrir les États généraux avec le plus puissant cortège, avec une pompe et une magnificence dignes du plus grand prince de l'Europe, était, ce jour-là, dans la voiture la plus simple : deux
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écuyers, douze gardes du corps et une seule voiture de suite, ainsi qu'ilallaitordinairement à lâchasse. Il étaiti^récédé et suivi d'environ deux cents hommes à pied, mal vêtus, chapeaux en clabaud, fusil renversé sur l'épaule; au lieu de ses beaux cent-suisses et de ses fidèles gardes du cor])s, qui entouraient autrefois ses portières, elles étaient tenues par des Savoyards, des mendiants et des poissardes, auxquels se joignirent jusqu'à Paris une multitude innombrable de peuple. On entendit quelques : Vive le Roi! mais le plus souvent c'étaient des jurements, des chansons, une bacchanale digne du carnaved. C'est ainsi que le roi de France mit quatre heures pour aller de Versailles à Paris, après avoir préalablement fait ses dévotions le matin. Quelle résignEition ! Quelle faiblesse (i). »
A Paris, Louis XVI fut reçu par Bailly qui vint audevant de lui jusqu'à la pompe à feu de Chaillot à la tête d'une nombreuse députation des électeurs. En présentant au roi les clés de la ville, Bailly lui adressa un discours ému dans lequel, faisant allusion à Henri IV, il disait : u II avait reconquis son peuple, ici le peuple a reconquis son roi. » Le cortège royal, plus imposant par son étrangeté que par sa magnificence, passa par la place Louis XV (Concorde), la rue Saint-Honoré, la rue du Roule, les quais jusqu'à l'Hôtel de Ville. « Le chemin était bordé des deux côtés par une haie de garde nationale... armée de fusils, d'épées, de piques, de lances, de faulx, de bâtons, etc., on y voyait des femmes, des moines, des capucins, le fusil sur l'épaule !... Le plus grand ordre a été partout observé, personne ne sortait des rangs, ni ne dépassait la haie, quoiqu'il y eût derrière une foule immense de spectateurs. Les airs retentissaient d'une acclamation continuelle: Vive la Nation! Vive le Roi! vivent MM. Bailly, La Fayette, les députés, les élec-
(i) Journal de M. de Gauville, p. 12 et ij.