INTRODUCTION CCLXXIII
Tous les membres du corps diplomatique accrédité i\ Paris étaient d'accord sur ce point, avec leurs collègues, les ambassadeurs du roi d'Angleterre et de l'Empereur. On a lu, plus haut (i), le curieux tableau de leurs impressions peint par le ministre du roi de Prusse à Paris, le comte de Goltz, qui se réjouissait de la défaite irrémédiable de la reine et du parti autrichien. Le neveu du baron de Besenval, le comte de Salmour, écrivait au ministre de l'électeur de Saxe que « cette importante et extraordinaire révolution ne pouvait manquer d'apporter un changement considérable dans le système politique de la France (2) ». L-'ambassadeur de Portugal déclarait que « dans les annales du monde on ne trouvait pas mention d'une révolution comme celle-ci... S'il n'y avait pas assisté, il n'oserait pas la raconter, craignant que la vérité ne fût regardée comme une fable. Un roi de France dans un carrosse de campagne, au milieu des baïonnettes et des mousquets d'un peuple immense et finalement obligé d'arborer à son chapeau la cocarde de la liberté (3). » Le ministre de Russie, Simolin, annonçait à son gouvernement que le pouvoir royal n'existait plus (4), et Gouverneur Morris affirmait à Washington qu'il pouvait regarder la révolution comme terminée, en ce sens que l'autorité du roi et de la noblesse était entièrement détruite (5).
Dans ses Lettres à ses commettantSfMirahesLU proclamait la ruine de « l'antique édifice, usé et vermoulu dans tous ses appuis, pourri dans tous ses liens (6) ». Même les députés les plus humbles chantaient les louanges de cette grande révolution, « entreprise et exécutée à la française »,
(1) p. LXXXIV.
(2) Archives de Dresde, Salmour à Stulterheim, 19 juillet 1789.
(j) Archives du ministcrc des affaires étrangères à Lisbonne, dépêche de don Vicente Souza Coutinho, de Paris, le 20 juillet 1789. (4) Voir plus haut, p. lxxx.
($) Voir plus haut, p. lxxxii.
(6) Voir plus haut, p. lxxxvii.
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comme disait avec un rare bonheur d'expression l'un des représentants du Tiers de Clermont-Ferrand; et il ajoutait : (( Je ne crois pas qu'il soit jamais rien arrivé de pareil (i). » Le marquis de Sillery, l'un des confidents du duc d'Orléans, n'était pas moins enthousiaste (2). Just]u'aux petits bourg.eois de la classe moyenne, qui, par tradition, par vocation et par intérêt, ennemis de toute violence, de tout désordre, même momentané, vantaient néanmoins, « ce jour à jamais mémorable dans les fastes de l'histoire (3) » et se réjouissaient du « triomphe de la Nation (4) ».
Les Anglais, alors présents à Paris, portaient sur cette merveilleuse révolution un jugement semblable à celui de leur ambassadeur. On a vu plus haut (5) l'éloge si chaleureux que faisait de la conduite des Parisiens le genevois Huber. Le docteur Rigby le surpassait, s'il est possible, dans l'expression de son admiration. Le 18 juillet 1789, il écrivait à sa femme : « J'ai été témoin de la plus extraordinaire révolution, qui peut-être ait jamais eu lieu dans la société humaine. Un grand et sage peuple luttait pour la liberté et les droits de l'humanité. Son courage, sa prudence et sa persévérance ont été récompensés par le succès. Un événement, qui contribuera au bonheur et à la prospérité de millions de leurs descendants, s'est accompli avec une très petite effusion de sang et sans que le cours ordinaire des affaires de la ville ait été interrompu plus de quelques jours (6). »
(i) Voir plus haut, p. lxxxix.