INTRODUCTION CCI.XXI
A ceux qui prétendaient que leur compagnie était formée de la lie du peuple, ils répondaient fièrement :
c< On a répandu dans le public que la compagnie des Volontaires de la Bastille n'était composée que de la lie du peuple du ftiubourg Saint- Antoine, c'est une imposture gratuite ; mais, outre que ce faubourg renferme de bons citoyens, comme tous les autres quartiers de Paris, dans un temps où la liberté est en vigueur, tous les hommes sont égaux, lorsque le vice ne met point de différence entre eux... Les vainqueurs de la Bastille prouvèrent le 14 juillet qu'ils étaient tous soldats et soldats citoyens; plusieurs joignent à cette noble qualité les avantages d'une éducation distinguée et des services an- ""térieurs et postérieurs à la révolution... C'est donc en vain que les cabales, la jalousie et l'intrigue de quelques calomniateurs ingrats ont cherché à déprimer les talents et la condition de ces régénérateurs de la liberté française (i). »
Et ils en appelaient avec confiance au jugement de leurs descendants :
(( Lorsque la postérité, disaient-ils, toujours impartiale, parce qu'elle n'est point souillée par l'égoïsme et l'envie,
MM. Parcin du Mesnil, volontaire national de la Bastille et avocat en parlement; Estienne, volontaire national de la Bastille, ingénieur de la garde nationale parisienne et ancien commandant d'artillerie du district des PP. Nazareth; tous deux réclamant pour et au nom de leurs camarades et reconnus par MM. les représentants de la Commune, commissaires nommés pour recueillir les faits et gestes de la prise de la Bastille, comme ayant fait leurs preuves suffisantes, suivant leur rapport du 9 septembre 1789, vu et approuvé le môme jour par l'Assemblée générale de la Commune de Paris.
(Paris), imprimerie de Momoro, 1789, in-4, p. j et 4.
A la page i, on lit cette note, qui indique le but de ce curieux mémoire : « Les citoyens, qui ont fait des preuves authentiques de leur bravoure au siège de la Bastille, ont été autorisés à former une compagnie sous la dénomination de Volontaires nationaux de la Bastille. Cette compagnie fut sanctionnée le 1$ octobre dernier par la Commune de Paris, qui lui accorda en même temps une solde; mais quelques hommes crédules, entrainés par les cabales des ennemis de la liberté, veulent s'opposer à cette formation. »
(i) Ibidem, p. 5 et en note.
CCLXXII INTRODUCTION
iipprendra la conspiration cruelle qu'on avait formée contre la France entière; lorsqu'elle considérera qu'on venait de donner le signal de la mort et du carnage à l'instant même où la Bastille fut conquise, elle verra dans cette conquête, à jamais mémorable, le salut de la capitale et de tout l'empire français ; elle y verra la victoire la plus signalée, tant par l'audace de l'entreprise que par les effets salutaires qu'elle a produits (i). )>
On pourrait penser que les vainqueurs de la Bastille sont plus que suspects d'exagération dans l'appréciation de leurs succès; mais on aurait tort; car la plupart des hommes politiques de ce temps partageaient leurs sentiments.
Le duc de Dorset, le familier du comte d'Artois et l'ami de M""^ de Polignac, écrivait, le i6 juillet, au chef du Foreign Office : a Ainsi, mylord, s'est accomplie la plus grande révolution dont l'histoire ait conservé le souvenir, et, relativement parlant, si l'on considère l'importance des résultats, elle n'a coûté que bien peu de sang. De ce moment nous pouvons regarder la France comme un pays libre, le roi comme un monarque dont les pouvoirs sont limités et la Noblesse comme réduite au niveau du reste de la nation (2). »
Le conseiller et le confident de Marie-Antoinette, le comte de Mercy-Argenteau, écrivait, le 23 juillet, à Kaunitz : « Quelque invraisemblable que paraisse la révolution qui vient de s'accomplir, il n'en est pas moins absolument certain que désormais la ville de Paris joue réellement en France le rôle d'un roi et qu'il dépend de son bon plaisir d'envoyer une armée de 40 à 50,000 bourgeois en armes entourer l'Assemblée et lui dicter des lois (3). »
(i) Appel à l'Assemblée nationale, etc., p. 2.
(2) Relations inédites de la prise de la Bastille, par le duc de Dorset, ambassadeur du roi d'Angleterre en France, et le comte de Mercy- Argenteau, ambassadeur de l'empereur, publiées par J. Flammerraont. — Paris. Pix;ard, 1885, in-80, p. 20.
(j) Ibidem, p. ?i.