‹ La journée pieuse ou instructions pratiques pour sanctifier chaque jour par les exercices de la vie chrétienneChapitre 108 sur 233 · CHAPITRE V. — CONFESSION SACRAMENTELLE · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. — CONFESSION SACRAMENTELLE

science, sur le livre des comptes de notre âme, devant le miroir de la raison naturelle, et encore plus à la lumière delà grâce divine ; car nous sommes aveuglés par nos passions et par nos péchés mêmes «qui obscurcissent notre âme, «comme dit Richard de Saint-Victor, (c. 35 in Cant.) En l'absence de la clarté de Dieu, nous ne les verrions pas plus que les atomes sans les rayons du soleil; c'est la comparaison de saint Bonaventure (Spec. part. 2 c. 3.) Prions humblement et instamment ce divin soleil de nous découvrir une infinité de fautes imperceptibles ; et, de crainte qu'elles ne nous échappent, faisons comme les âmes timorées et saintement consciencieuses qui, suivant le langage de saint Grégoire, reconnaissent en quelque sorte du péché là où il n'y en a pas, d'autant plus que souvent on fait sans péché ce qui provient de péché. (S. Greg. 1. 12. Reg. ind. 7. Ep. 32 interrog. 10.)

Mais que direz-vous du grand saint Jérôme faisant l'humble aveu qu'après un péché véniel, comme un mouvement de colère, ou une mauvaise pensée nullement consentie, après une illusion même des rêves de la nuit, il n'osait mettre le pied dans une église, ni dans les catacombes des martyrs, tant il tremblait, dit-il, de tout son corps et de tout son esprit. (S. Hieron. 1. adv. Vigilant.)Je vous montrerais bien d'autres exemples, s'il le fallait, pour vous prouver qu'il n'y a que les tièdes et les vicieux qui passent librement par dessus des fautes dont l'ombre seule fait peur aux âmes plus saintes et plus proches de Dieu.

J'ai dit qu'on devait non-seulement examiner, mais

encore peser les conséquences, les dommages et le venin caché dans nos fautes vénielles. Pesez-les donc au poids du sanctuaire et vous trouverez qu'il y a des péchés qui semblent petits et légers, parce qu'ils passent légèrement et en peu de temps, mais qui sont très-dangereux à raison de la malice et de l'importance de leur objet : telles sont les pensées qui se présentent contre la foi catholique ou contre la pureté ou contre la vocation, toutes pensées desquelles il y a à craindre que, faute d'être rejetées promptement et vivement, elles ne plaisent et ne durent assez pour faire le péché pire que véniel.

Il y a aussi des fautes qui nous trompent en ne nous apparaissant que sous forme d'actions tout à fait fugitives, comme un regard trop curieux jeté sur des personnes de différent sexe d'où résulte un péril pour la chasteté ; comme une raillerie provoquant les autres à rire, mais qui aura piqué au vif le prochain et l'aura beaucoup plus troublé et affligé qu'on n'avait prévu ou qu'on ne devait avoir prévu ; comme une détraction de la personne du supérieur, laquelle aura diminué la bonne opinion qu'on avait de sa prudence, de sa charité, de sa sincérité, d'où résultera pour le bien de son administration plus de tort qu'on ne pense. Mettez sur la même ligne la transgression de certaines règles qui n'obligent point d'elles-mêmes sous peine de péché; cette transgression peut contrevenir au vœu de pauvreté, comme de recevoir et de retenir à son usage des objets de quelque valeur. En toutes ces choses-la et autres semblables, il y a souvent plus de

Page 1