CHAPITRE Vî. — DE LA SAINTE COMMUNION
même vous communiait de sa main divine, ainsi qu'il le fit à ses disciples dans la dernière cène et à quelques saints d'une manière miraculeuse et exceptionnelle. Donnez ici libre cours à votre dévotion et ouvrez votre cœur à toutes les voies du saint amour; tuez et immolez tous vos sens, vos pensées, vos volontés propres, enfin votre âme et votre corps ; sacrifiez tout à ce souverain Seigneur, à ce Roi si bon et si digne de trouver en vous une victime vivante, sainte, agréa- Lie et parfaite. Brûlez tout en holocauste sur l'autel de l'amour et répétez- vous à vous-même ces aspirations enflammées :« 0 mon âme, voilà ton bien-aimé, le désiré des nations ! 0 que tu seras heureuse, si le connaissant, tu parviens à l'aimer purement et à l'embrasser si étroitement que plus rien de ce qui est au monde ne puisse te l'arracher ou t'en séparer! »
Souvenez-vous que voilà l'action la plus noble, la plus sublime et la plus sainte que vous puissiez faire en cette vie, action vraiment angélique après laquelle vous pouvez bien entonner le cantique du vieillard Siméon, Nunc dimittis; en possession de votre Dieu, que vous reste- t-il en effet à désirer sur la terre?
Et remarquez, en recevant l'hostie consacrée, que c'est surtout à ce moment de la manducation que la grâce vous est communiquée. Tâchez donc, pour augmenter en vous les fruits du Sacrement, de produire alors les actes de vertus les plus héroïques, spécialement des actes d'amour et d'humilité; mais d'amour solide, en offrant à Jésus tout ce que vous avez de plus cher, et de vraie humilité, en vous résignant au
mépris, à l'abjection, aux reproches, aux avilissements.
J'ajouterai un avis qui ne sera point inutile pour l'action extérieure delà sainte communion, c'est de ne point consommer l'hostie dans votre bouche sous prétexte d'entretenir et de savourer davantage votre dévotion par la présence de Jésus-Christ rendue plus sensible; vous vous priveriez ainsi d'une partie delà grâce sacramentelle, celle-ci étant le fruit de la manducation qui ne se fait pas dans la bouche d'une manière parfaite.
SECTION IV