CHAPITRE VI. — DE LA SAINTE COMMUNION
ARTICLE II
Comment il faut demander pardon après la communion, s'offrir soi-même et implorer les grâces dont on a besoin.
Saint Cyrille d'Alexandrie fait cette remarque qu'aussitôt que Judas eut communié, le diable qui était entré dans son cœur le pressa de sortir du cénacle, quoiqu'il fût nuit. Pourquoi cela? se demande le saint. Parce que le diable craignait que, si Judas différait l'exécution de son dessein, il ne vînt à s'en repentir. En effet, l'entretien de l'apôtre infidèle avec Jésus-Christ, après la communion, pouvait lui donner, malgré tout, quelque bon mouvement de pénitence par la vertu du sacrement qui demeurait encore en lui. (Cyr. Alex. 1. 9, in Joan. c. 13, v. 50.
Dieu vous garde du malheur de communier indignement! mais en toute hypothèse et bien que vous pensiez être en état de grâce, ne laissez pas, tandis que Jésus-Christ est encore en vous, de faire un acte de contrition qui vous attirera un accroissement de grâce.
Pour le bien faire et avec méthode, que chacune des puissances et des parties de Vous même vienne demander pardon de ses manquements propres, sans en excepter les sens extérieurs. Que chacune de vos facultés s'avoue coupable, l'entendement de ses ignorances et de ses erreurs ; la volonté de ses malices, de ses infidélités, du consentement qu'elle a donné aux tentations ; la mémoire de ses oublis et de ses
distractions ; chaque sens des péchés dont il a été l'instrument.
Accusez -vous en particulier des fautes les plus graves de votre vie. Et, comme on avait coutume d'amener les criminels au roi, à certains jours de l'année, qu'aujourd'hui toutes les puissances et facultés de votre âme, tous les membres de votre corps se présentent en criminels pénitents à ce juge de miséricorde, pour lui dire humblement : Tibi soli peccavi; «j'ai péché contre vous seul, ô mon Dieu. » Frappez-vous la poitrine de repentir et de confusion : le Seigneur touché de vos bons mouvements et poussé a la générosité par la générosité même qu'il a eue de se donner à vous, brisera vos liens et vous accordera la vraie liberté des enfants de Dieu.
Offrez au Père éternel ce très-saint Sacrement et exposez lui, bien qu'il le sache, tout ce que son Fils a souffert pour vous ; priez-le, en cette considération, d'avoir pitié de vous. Après cela, faites une donation de tout vous-même à celui qui s'est donné tout à vous. O quel échange ! et combien il vous est favorable !
Quand le prince, ou même un gouverneur entre dans une ville, on lui en porte les clefs pour lui dire qu'il est le maître et que tous les habitants sont à lui. Présentez donc à votre Seigneur et Maître toutes vos facultés et tout ce qui est en vous. Nouvel Abraham, faites-lui le généreux sacrifice de ce que vous avez de plus cher, en lui disant de cœur : « Que voulez-vous que je fasse, ô mon Dieu? Telle chose vous déplaît en moi depuis longtemps; je vous la sacrifie, j'y