DE LA MANIÈRE DE BIEN ASSISTER AU SAINT SACRIFICE DE LA MESSE
Quoiqu'il y ait diverses méthodes pour entendre la sainte messe et qu'on en puisse prendre une et laisser les autres, comme et quand on voudra, il y a cependant deux choses principales et plus essentielles qu'on ne doit jamais perdre de vue. L'une est d'offrir le saint sacrifice aux mêmes lins pour lesquelles il a été institué ; l'autre est de faire toujours la communion au moins spirituelle et de désir. Voyons d'abord ces deux points et nous indiquerons ensuite les petites pratiques particulières qu'on y pourra ajouter.
SECTION I
DES PRINCIPALES CHOSES REQUISES POUR ENTENDRE PARFAITEMENT LA SAINTE MESSE.
ARTICLE I
Quelques avis touchant la dévotion que nous devons avoir au sacrifice de la messe.
Dieu voulait dans l'ancienne loi que les pains qui étaient posés et proposés sur la table à côté de l'autel
de son temple fussent toujours chauds et que, pour ne pas les laisser se refroidir, on les changeât et renouvelât constamment. Mais il désire bien davantage dans la loi nouvelle que nos cœurs soient toujours fervents, quand nous nous présentons devant son autel; il faut donc les renouveler sans cesse et sans cesse les réchauffer du feu de son amour. Ayez une ardente dévotion à ce très-saint et unique sacrifice de la loi de grâce et que Jésus venant sur l'autel ne voie point votre cœur tiède et froid devant lui. Et, certes, je ne sais comment il est possible qu'un chrétien qui croit ce qu'il croit puisse assister indévotement au mystère de feu et de flamme du divin amour. Si nous considérions vivement ce que nous croyons, qui est-ce qui ne voudrait être toujours à la sainte messe ? Il faudrait nous en arracher par force et par nécessité des besoins de la vie.
Pour vous animer à cette tendre piété, considérez le Verbe fait chair adorant ici son Père et s'offrant pourles hommes non moins réellement qu'il s'offrit pour eux sur la croix. Voici l'admirable conséquence à tirer de cet article de foi. Si l'on mettait en balance d'un côté toutes les bonnes œuvres des saints, les mérites des anges et de la Vierge même; qu'on assemblât toutes les louanges etla gloire que tous lesbienheureuxesprits pourront éternellement rendre à Dieu ; qu'on y ajoutât tous les mérites possibles des créatures qui ne sont et ne seront jamais que dans l'idée de Dieu; si l'on mettait, tout cela dans le plateau d'une balance et que dans l'autre on mit une seule messe
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célébrée, même parmi méchant prêtre, celle-ci serait mille fois plus agréable à la divine majesté et le glorifierait davantage. La raison en est que, dans le sacrifice, c'est Jésus-Christ, fils de Dieu et Dieu lui-même, qui honore la divine majesté plus dignement et plus hautement, sans comparaison, que ne saurait faire tout le reste qui est au-dessous de Dieu. Et pour cela même le Verbe incarné y prend plus de plaisir, en tant qu'homme, et fait plus de cas de ce mystère que de toute autre chose qui puisse être au monde. Voyez, si vous aimez Dieu et la sainte humanité du Sauveur, combien vous devez être affectionné à cet auguste mystère. Mais si vous n'avez égard qu'à vos intérêts, voici une autre considération bien propre à vous toucher.
Voyez, je vous prie, quels grands avantages vous recevrez du divin sacrifice. Le savant cardinal Tolet les résume en peu de mots en disant que le premier avantage c'est l'accroissement de la grâce dans l'âme de celui qui, déjà en possession de ce trésor, en obtient à la sainte messe de nouveaux degrés, tant parce qu'il offre le sacrifice avec le prêtre que parce que le prêtre l'offre pour lui. Ensuite, outre la rémission de la peine temporelle due aux péchés pardonnes, il obtient plus facilement ce qu'il demande en présentant à Dieu le Père une offrande très-agréable qui est Jésus- Christ. De plus, celui qui assiste au divin sacrifice exerce des actes de vertu et principalement de trois vertus d'un grand prix qui sont la foi, la charité et la religion. Enfin, l'homme comparait alors devant
Jésus-Chiïst ; il le voit là présent de la façon qu'il peut le voir, parla foi et obtient effectivement ce qu'il obtiendrait, s'il le voyait réellement, pourvu qu'il le demande comme il convient. C'est ainsi que l'aveugle obtint la vue, en la demandant à Jésus qu'il ne voyait point. (Toletus, 1. 6. Summ. c. 10.) « En un mot, dit le concile de Trente, le fruit du sanglant sacrifice delà croix se reçoit abondamment par cette oblation. » (C. Trid. Ses. 22, c. 2.)
Vous étonnerez-vous si tant de fervents chrétiens d'autrefois ont mis un tel empressement à aller chercher des messes en des églises fort éloignées et si aujourd'hui encore clans les pays infidèles de bons néophytes vont jusqu'à cinquante lieues de leur demeure assister au divin sacrifice ? Vous étonnez-vous si les anciens anachorètes, pour chercher les excellents fruits que nous cueillons tous les jours sans peine à quelques pas de nos maisons, faisaient le dimanche de si longues courses et bravaient, pour toucher au seuil d'un oratoire, l'excès du froid ou de la chaleur les intempéries des saisons, et la difficulté des chemins, s'exposant d'ailleurs au péril de tomber entre les mains des voleurs ou sous la griffe des bêtes féroces ? Nous sommes certainement très-blâmables si nous négligeons un si grand bienfait et c'était avec raison que les Pères du premier concile de Tolède fulminèrent la déposition et la dégradation contre tous les piètres, diacres, sous-diacres et clercs qui, se trouvant à portée d'une église, n'assistent pas journellement au trèssaint sacrifice. (Gonc. Tolet. pr. c. 5.) Faut-il s'étonner
que saint Anselme, archevêque, étant sur la fin de sa
vie et clans l'impossibilité de célébrer lui-même, voulait qu'on le portât tous les jours à l'église pour y entendre la sainte messe? Si l'angélique saint Thomas, tout occupé qu'il était pour le bien public, ne se contentait pas de célébrer tous les jours le divin sacrifice, mais entendait tous les jours et souvent servait une autre messe. Ces hommes de Dieu étaient pénétrés de la sublimité de cet acte essentiel de notre religion et de la dignité des hommages que Dieu y reçoit ; ils avaient aussi une profonde expérience des fruits inappréciables qui en découlent, comme de leur source naturelle, et pour lesquels Dieu a souvent opéré des miracles, en délivrant les uns de dangers imminents, les autres de la pauvreté, quelques-uns même de la mort.
Concluez de là quelle dévotion nous sommes tenus d'apporter à l'auguste sacrifice, soit pour la composition extérieure du corps, soit pour la disposition intérieure de l'esprit.
Pourl'extérieur, observer d'abord un grand silence, abstenant non-seulement de parler et de causer, ce qui vous est rigoureusementdéfendu parles saints conciles, (Conc. Tolet. 2 c. in loco, 5. 9. 4. Conc. Trid. Ses. 2, c. 2.) mais, autant que possible, de tousser, de cracher, de bâiller et de produire d'autres signes extérieurs des sens mal réglés et mal contenus.
Saint Ambroise exhortant les vierges à cette révérence extérieure, leur propose l'exemple même des profanes et des idolâtres qui, pendant leurs sacrifices,
commandaient un rigoureux silence. Il cite l'admirable trait de cet enfant païen qui, de peur de troubler un sacrifice auquel il assistait, laissa brûler, sans pousser un cri ni un gémissement, la chair de son bras où un page avait maladroitement fait tomber un charbon de feu. « Et vous, vierges de Dieu, concluait saint Ambroise, ne vous abstiendrez-vous pas durant le sacrifice, de soupirer, de cracher, de tousser et de rire? » (S. Ambr. 1. 3, de Virg.)
A ce silence dont ils honoraient leurs infâmes sacrifices, les païens ajoutaient une grande modestie et une parfaite bienséance. C'est pourquoi Aristote, cité par le philosophe romain, disait que jamais nous ne devons avoir plus de pudeur que lorsqu'il est question des dieux. « Si nous entrons en nos temples, avec un extérieur bien composé, disait Sénèque, si approchant du sacrifice nous baissons les yeux, si nous rangeons notre toge, si nous donnons toutes les marques de modestie, etc. » (Senec. Nat. q. c. 30.)
Cela ne fait-il pas honte à l'irrévérence des chrétiens dans les églises où se célèbre la sainte messe? Oseronsnous encore nous tenir devant le Dieu de vérité moins convenablement que les idolâtres ne se tenaient devant leurs idoles?
Que s'il ne nous suffit pas de ces exemples de personnes qui sont au dessous de nous, rougissons d'en voir d'autres qui nous sont bien supérieures, je veux dire les anges du ciel. Les chérubins assistent à la messe, dit saint Jean Cbrysostôme, les séraphins y descendent en se couvrant la vue de leurs six ailes.
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Saint Nélus, disciple de saint Chrysostôme, dit que souvent et presque toujours le saint patriarche voyait les anges dans l'église, surtout pendant le saint sacrifice de la messe et qu'il le révélait à quelques-uns de ses plus pieux amis, en leur racontant comment à l'heure où le prêtre commence la sainte oblation, une foule d'anges accourent sur terre revêtus d'étoles brillantes, les pieds nus, la vue fixe, le visage incliné et environnent l'autel avec grand respect et dans le silence le plus absolu, jusqu'à la consommation du mystère. « J'écris ceci, ajoute saint Nélus, afin qu'apprenant quel respect mérite la divine messe, vous ne négligiez pas d'y conserver cet esprit de divine crainte et de salutaire effroi, sans permettre soit qu'on y parle, ou qu'on y murmure, ou qu'on s'y fasse des signes les uns aux autres, ou qu'on promène les yeux autour de soi, ou qu'on y circule sans raison, ou en un mot qu'on y fasse quelque chose de contraire à la gravité convenable. » Telles sont les paroles de ce saint abbé dont les écrits ont une telle autorité que ses épîtres se trouvent citées dans le septième Synode act. 4.
Imitez ces nobles esprits dans leur maintien, vous qui n'êtes que de chétives et misérables créatures, indignes même de regarder les anges. Je ne vous parlerai pas de plusieurs visions miraculeuses qui confirment ce qui précède. Un article de foi vaut plus que des miracles.
Or vous savez par la foi que vous adorez Jésus en cette divine hostie et que, comme dit saint Jean Chrysostôme, ce qui est de plus digne dans le ciel est ici
présent sur l'autel. Vous savez par la doctrine des Pères que les anges s'assemblent autour du corps divin offert par les mains du prêtre au Dieu trois fois saint.
Professez donc envers l'auguste sacrifice une angélique dévotion qui édifie les autres au dehors, mais qui de plus vous sanctifie au dedans. Pour donner à votre piété ce double caractère et surtout pour la rendre intérieure, pesez attentivement ce que nous allons dire au sujet du sacrifice de nos autels.
ARTICLE II
Première manière d'entendre la sainte messe pour les quatre fins de son institution.
Cette méthode est la plus noble de toutes parce que, plus que toute autre, elle entre dans l'esprit du sacrifice et, si j'ose ainsi parler, dans les entrailles mêmes de la victime offerte.
Il faut donc se bien unir h l'intention et à l'action de Jésus-Christ, de l'église et du prêtre et accomplir ainsi une espèce de fonction sacerdotale, suivant ces paroles que le célébrant adresse aux fidèles : « Priez mes frères, afin que mon sacrifice et le vôtre soit agréable à Dieu, le Père tout-puissant ; et suivant ce passage du Canon : « Pour ceux pour qui nous vous offrons ou qui vous offrent ce sacrifice. » En s'unissant ainsi au prêtre, les chrétiens qui sont delà race choisie du royal sacerdoce comme les appelait saint Pierre (S. Aug. 20, Civit. c. 10J, prennent part à l'oblation
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du ministre qui dit la messe, de la même façon que, quand il y a plusieurs députés dans une commission où un seul prend la parole, les autres ne laissent pas de parler et d'agir par lui et avec lui. Ainsi, à la sainte messe où l'on offre au Père éternel son Fils unique en sacrifice, quoique le prêtre ait seul qualité pour représenter Jésus -Christ, l'invisible sacrificateur, vous sacrifiez et. offrez cependant avec Jésus et son ministre; dans la pieuse assemblée qui ne fait qu'une même personne morale, vous êtes les membres de Jésus-Christ, votre chef, et vous accompagnez de vos vœux et de votre adhésion le principal député.
Pour bien faire ceci, après avoir adressé votre intention et élevé votre esprit à Dieu, en sollicitant de sa bonté le pardon de tout ce qui peut lui déplaire en vous et la grâce que demande une si sainte action, vous pourrez diviser la messe en quatre parties et payer parce sacrifice d'infinie valeur quatre infinies obligations que nous avons envers Dieu. Dieu est infiniment grand; nous lui devons des adorations et des louanges infinies; c'est notre première obligation. Dieu est infiniment bon pour nous et nous a fait des miséricordes infinies; nous lui devons une infinité d'actions de grâces et une reconnaissance sans bornes ; c'est notre seconde obligation. Nous sommes pécheurs et chargés d'une infinité d'offenses dont la malice, en s'attaquant à Dieu prend le caractère d'infini; nous devons des satisfactions infinies, c'est la troisième obligation. Enfin nous avons un infini besoin de grâces et de bienfaits; c'est notre quatrième obligation.
Or ce divin et infini sacrifice peut satisfaire à ces quatre objets et il est effectivement institué pour cela. Il est sacrifice d'adoration ou latrculiquc, pour la première dette ; sacrifice de remercîment ou eucharistique, pour la seconde; sacrifice de compensation ou expiatoire, pour la troisième; et sacrifice de demande ou impétratoire, pour la quatrième. Ainsi en est-il du sacrifice de la croix que vous offrez à la sainte messe, vous souvenant toujours que celui-ci est institué pour représenter celui-là et le renouveler tous les jours, suivant l'expresse déclaration du concile de Trente. (Conc. Trid., ses, 22, c. 2.) Vous les offrez donc l'un et l'autre, tant celui de la croix que celui de l'autel, pour ces quatre fins, et nous allons en exposer la manière.
1. Comment le sacrifice de la messe est un sacrifice d'adoration et de louange.
Dans la première partie de la messe, depuis l'Introït jusqu'à l'Evangile, si vous voulez, voyez par la foi Jésus-Christ souffrant et mourant, représenté sur l'autel. Rappelez- vous sa sueur de sang et son agonie au jardin des Olives; considérez ses opprobres inénarrables, ses douleurs immenses, son corps qui n'est qu'une vaste plaie, son sang qui ruisselle jusqu'à la dernière goutte. Rappelez- vous son couronnement douloureux par 72 épines acérées; comptez tous les pas qu'il fit au calvaire, chargé du pesant fardeau d'une croix longue de quinze pieds, et large de Luit; voyez le chemin ensanglanté. Entendez les coups de
marteau de son crucifiement; considérez les clous qu'on enfonce dans ses mains et dans ses pieds, les spasmes nerveux qui en résultent ; en un mot, l'horrible tourment des trois heures de sa suspension en croix et, enfin, sa précieuse et amoureuse mort. C'est le même Jésus, avec toutes les souffrances de sa passion, que vous allez offrir en sacrifice de louange, d'hommage, de latrie et d'holocauste au Père éternel. Méditez donc un peu en vous-même sur la grandeur du Dieu que vous adorez, dites-vous : «Omon âme, qui est ton Dieu ? Comme il est grand et adorable ! Songe que c'est le roi de tout l'univers, infiniment bon, puissant, parfait et heureux. Réjouis-toi et mets ta complaisance en ce Dieu qui est si bon, si parfait, si grand et si heureux. Partage avec amour la propre joie qu'il en éprouve et dont tous les bienheureux se réjouissent. Félicite ton Dieu des biens infinis qu'il possède pleinement et unis- toi de pensée à ce bel acte d'amour que les bienheureux pratiquent en chantant la gloire de Dieu et non la leur, sa sainteté et non la leur, par l'immortel Sanctus qui retentit sous les voûtes éternelles. » Que ce soit là le soulagement de vos peines de savoir que votre Dieu est exempt de toute peine; que ce soit pour nous le repos de savoir que notre Dieu le possède sans mélange. Louons-le, admirons-le et convions toutes les créatures à le louer et à l'admirer.
Descendant de ces hauteurs, tournez ensuite les yeux sur vous-même et réfléchissez que vous êtes l'ouvrage de ses mains et que, par conséquent, vous lui
devez l'hommage'absolu et l'entière sujétion de vousmême. Je vous reconnais, Seigneur, pour mon Souverain, je me reconnais pour votre infime créature ; et à la vue et en adoration de votre grandeur, je vous offre votre Fils unique ; c'est l'oblation digne de la majesté dont vous êtes revêtu, comme étant égale à vous en majesté et en grandeur ; c'est l'oblation essentiellement agréable hors de laquelle nulle autre ne peut vous agréer. Jésus, votre égal et en même temps notre semblable, vous adore comme vous devez être adoré, sur la croix et sur cet autel où il se crucifie de nouveau, en protestant que son être humain vous est inutile et en vous offrant la destruction de sa vie qu'il subit réellement chaque jour, quoique d'une manière non sanglante. Je me joins à lui en esprit, ainsi qu'au prêtre par lequel il s'offre et s'immole. 0 que je suis ravi de pouvoir vous présenter avec le Dieu fait homme un parfait adorateur ! »
2. Comment le sacrifice de la messe est un sacrifice eucharistique et d'actions de grâces.
Dans la seconde partie de la messe, (depuis l'Evangile au Sanctus), considérez qu'à raison de tous les bienfaits dont Dieu vous a comblé et spécialement du bienfait inouï d'un Dieu incarné souffrant et mourant pour les hommes, il vous faut une action de grâces inouïe, extraordinaire, surhumaine. Mais où la trouverez-vous plus belle et plus excellente qu'en offrant cà Dieu, pour le remercier, le même Fils qu'il
vous a donné? Voilà un remercîment qui est égal au
bienfait. Quelle admirable invention de la bonté du Sauveur et que nous devons nous estimer heureux de pouvoir reconnaître dignement et sur un pied d'égalité les infinies obligations que nous avons envers ce souverain Bienfaiteur !
Vous avez d'abord considéré ce qu'est Dieu en luimême et vous lui avez offert un sacrifice de louange et d'adoration; considérez en second lieu ce qu'il est par rapport à vous ; vous verrez que le souverain Maître qui en lui-môme est infiniment grand, est envers vous infiniment bon, et qu'il vous en donne les marques les plus signalées.
Souvenez-vous de votre création et de votre vocation à la foi catholique, des sacrements, du pardon de vos péchés tant de fuis accordé, de tant de biens de nature, de grâce, etc., et surtout du bienfait incomparable de l'incarnation du Sauveur, de sa mort etpassion.
Rendez grâce à Dieu de tout cela, reconnaissant que le tout n'est venu que de sa pure bonté et dites-lui aussitôt : « Père éternel, pour toutes ces faveurs extraordinaires, je vous offre, en remercîment non moins extraordinaire, votre même Fils qui est de si grand prix qu'il égale tous vos bienfaits et le bienfait même de nous l'avoir donné. « Que rendrai-je au Seigneur pour toutes les choses qu'il m'a accordées? Je prendrai le calice du salut et j'invoquerai le nom du Seigneur. » (Ps. 115).
Souvenez-vous encore si, ce jour-là ou peu auparavant, vous avez reçu quelque bien particulier, si
quelque affaire a réussi à votre gré; si vous avez recouvré la santé du corps ou le repos de l'esprit; si vous avez été délivré de quelque péril, favorisé de quelque grâce, préservé de quelque tentation. Remerciez pour chaque chose votre unique bienfaiteur, votre vrai libérateur, votre pariait médecin.
3. Comment le sacrifice de la messe est expiatoire ou propitiatoire pour nos péchés.
(Depuis le Sanctus à la Communion).
Quand quelqu'un a vivement offensé une personne, il s'inquiète de rentrer dans son amitié; il va chercher le moyen de lui offrir quelque chose d'agréable, pour l'apaiser. Faisons de même avec Dieu ; il n'y a rien de plus puissant pour calmer un père en courroux que de lui offrir son plus cher enfant. (S. Aug.) Combien le Père éternel a sujet d'être irrité contre vous, pour tant d'offenses que vous lui avez faites ! Combien devez-vous encourir de peines pour les péchés dont vous êtes pardonné, avant d'avoir entièrement satisfait à sa justice! Combien de péchés véniels vous restent imputables !
Or, pour tout cela, vous offrirez le divin sacrifice de cette sorte.
Vous avez vu ce que Dieu est par rapport à vous, considérez ce que de votre part vous avez été envers Dieu; à savoir, infiniment ingrat, infiniment criminel; rappelez-vous ce prodigieux amas de péchés; versez là-dessus les larmes de votre cœur; et, plein de
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regret et de confusion, tâchez de l'apaiser en lui faisant le riche et rare présent de la personne de Jésus lui-même, de ses mérites et de ses satisfactions. Il donne plus de joie à son Père que ni vous ni tous les pécheurs du monde ne lui avez jamais causé de déplaisir. (S. Cypr. Scrm. de Cœna.) Dites donc : « 0 Père incréé, je suis très-indigne du pardon. J'ai plus commis de péchés qu'il n'y a de grains de sahle au fond de la mer ; mais voici votre Fils que vous m'avez donné et que je vous offre ; ses mérites dépassent mes péchés, son humilité couvre mon orgueil, sa pureté mes souillures etsa patience, mes emportements...
Acceptez, ô Dieu bon, pour tous mes maux, tous ces biens qui sont à moi ; car il me les donne. C'est là mon appui et ma seule espérance. »
4. Comment le sacrifice de la messe est un sacrifice impétratoire pour toute sorte de biens.
Dans la quatrième partie, (depuis la Communion jusqu'à la fin), il faut offrir Jésus-Christ, à l'intention d'obtenir toute sorte de biens, tant d'esprit que de corps, tant de nature que de grâce ; car il est le prix de tout ce que nous souhaitons. N'est-ce pas la coutume, quand on désire un service de quelqu'un, de disposer, d'adoucir et de captiver sa volonté par des dons et des présents agréables? Appliquez- vous clone à vous concilier la bienveillance du Père éternel, en lui offrant Jésus, afin qu'il ne vous refuse rien de ce que vous lui demanderez. Vous avez besoin do tout, de-
mandez tout avec confiance. Que n'obtiendrez-vous pas par ce sacrifice d'un Dieu, par cette hostie pacifique et sans tache qui ne respire qu'odeur de suavité?
Dieu est si bon qu'il faitdu bien à tout le monde, sans compensation et par pure gracieuseté; combien plus vous en fera-t-il, quand vous lui offrirez quelque chose qu'il agrée nécessairement! Il est si bon qu'à ceux qui lui offrent de petites choses il en rend de grandes; combien plus il sera libéral envers ceux qui lui offriront quelque chose d'aussi grand que l'est son propre Fils? A quoi ne vous donne pas droit un présent de la valeur même de Jésus-Christ ? Chose étrange et bien douce à penser; vous offrez autant et plus que vous ne demandez.
Après avoir considéré ce que vous êtes à l'égard de Dieu, considérez ce que vous êtes eji vous-même. Qu'est-ce que l'homme? Combien il est pauvre de grâce, de nature, de corps et d'esprit! combien il est lâcheet faible, je nedis pas à persévérer, mais à ne point tomber, à se relever de ses chutes, à faire un peu de bien, à le vouloir seulement ! Que de pauvretés en votre personne! que de pauvretés aussi dans vos semblables ! Et l'Eglise même tout entière n'a-t-elle pas besoin de la continuelle assistance de Dieu, puisqu'on la voit continuellement attaquée des infidèles, des schismatiques, des hérétiques et des mauvais catholiques ? Commencez donc par cela qui est le plus important, le général étant préférable au particulier. [Can. missse).
CHAP. VU. — xMANIÈRE D'ASSISTER A LA MESSE. 253
Offrez Jésus pour les besoins de l'Eglise.
Priez pour le Saint Père, pour les prélats, pour les princes et pour les supérieurs, afin de compenser le soin qu'ils ont de vous ; priez spécialement pour ceux qui sont chargés de votre âme.
Priez pour vos parents, pour vos amis, etc.
Priez pour vos ennemis, ce qui est une oraison trèsagréable et très-puissante auprès de Dieu; vous lui gagnerez le cœur ainsi et vous ferez par cette oraison qu'il vous accordera ce que vous voudrez. (Matth. 5.)
Mais que ce soit sincèrement que vous fassiez cette prière pour vos ennemis, en mettant une espèce de bonheur à leur pouvoir obtenir quelque bien et contentement; vous en recevrez, n'en doutez pas, un merveilleux fruit pour votre âme.
Priez pour les âmes du purgatoire dont les souffrances sont si dignes de votre pieux souvenir.
Enfin, priez pour vous-même; demandez d'abord le spirituel : qu'il plaise à la bonté divine de vous protéger dans les occasions où vous pourriez l'offenser, de vous exciter et conduire en toutes choses ; demandez, en un mot, toutes les grâces et vertus nécessaires ; puis passez au temporel ou au corporel, en tant qu'il peut être utile à votre salut et non autrement. Ainsi vous pourrez demander la paix, la santé, la réussite de vos affaires, en imitant l'Eglise qui, dans le canon de la messe, prescrit toutes ces prières-là.
Demandez tout et pour tous et, en juste prix de ce que vous demandez, offrez Jésus même; c'est plus que vous ne recevrez jamais. Profitez de ce temps trop
court pour négocier avec Dieu par voie d'échange et faites tout cela posément, sérieusement, dévotement. C'est à mon avis la plus excellente et la plus haute manière d'entendre la sainte messe. Elle pourra sembler d'abord un peu difficile; mais il se la faut rendre familière et on la trouvera de grande consolation et encore de plus grande utilité.
ARTICLE III
De la communion spirituelle.
Les jours où vous n'aurez pas l'honneur de communier sacramentellement et réellement, il faudra communier spirituellement, d'intention et par sainte avidité de ce pain surnaturel. Car la communion spirituelle consiste, selon le saint concile de Trente, « h manger ce pain céleste par une foi vive qui opère en charité et qui en fait ressentir les fruits et l'utilité. » (Conc. Trid. Ses. 13, c. 8.)
Pour la bien faire, il faut premièrement reconnaître et avouer que vous êtes indigne de faire la communion sacramentelle et de recevoir en effet le corps de Notre- Seigneur. Mais Jésus-Christ opérait de deux façons, lorsqu'il vivait sur la terre ; parfois il entrait de sa personne dans les maisons, comme en celle de Zachée de Lazare, etc. ; d'autres fois, content du désir qu'on avait d'être favorisé par lui, il guérissait à distance les corps et les âmes, comme il fit pour le centenier et pour un petit roi. Espérez de même que, sans entrer
chez vous réellement et substantiellement, il ne laissera pas d'y produire les effets de sa grâce et de bénir votre bon désir et votre foi vive par quelque faveur céleste.
Désirez donc ardemment de le recevoir ; ayez faim et soif de la divine chair et du sang divin que les yeux de votre foi découvrent sur l'autel.
«0 Seigneur! qui aurait la pureté requisepour recevoir dignement un hôte tel que vous? Qui oserait se nourrir chaque jour d'un si pur aliment?
Heureux et fortunés ceux qui trouvent aujourd'hui place à votre céleste banquet et qui sont, avec le prêtre, vos convives préférés !
Domine non sum dignus.
Mais il n'est pas nécessaire, Seigneur, que vous veniez sacramentellement à moi pour m'enrichir ; ayez-en seulement la volonté, cela suffira. Dites un mot, ô mon Dieu, faites un signe et je serai guéri, justifié, sanctifié.
S'il suffisait de regarderie serpent d'airain pour être guéri des morsures et des plaies, ne suffira-t-il pas, à défaut d'un contact plus intime, de vous regarder avec une foi vive et un ardent désir de vous recevoir?»
N'oubliez pas, en vous disposante la communion de désir, que la réception de l'Eucharistie présuppose la douleur de vos péchés, et que c'est un sacrement non des morts, mais des vivants. Vous pouvez approprier ici les divers actes de la communion réelle.
Ainsi préparé, lorsque le prêtre ouvrira la bouche pour communier, ouvrez votre âme et vos désirs, en
priant le bon Jésus de venir en vous. Entretenez-vous à goûter et à savourer ce pain des anges et priez-le de faire sa résidence de votre cœur.
Contemplez alors Notre- Seigneur au dedans de vous, offrez-lui des actions de grâces et des hommages d'adoration et conservez en vous Jésus et ses grâces le plus longtemps que vous pourrez, sans le chasser par aucun péché.
Il est bien vrai que d'elle-même la communion sacramentelle est plus efficace et plus excellente ; mais la spirituelle, outre qu'elle y peut servir de préparation et de supplément, a cet avantage, étant secrète, de ne donner lieu à aucun danger de vanité ou d'ostentation. Elle se peut aussi réitérer plusieurs fois le même jour, comme dans toutes vos visites au très- Saint-Sacrement ou en tout autre lieu et en tout temps.
Les saints Pères du désert, qui n'étaient pas prêtres par motif d'humilité, comme saint Paul, premier ermite, saint Antoine, saint Hilarion, saint Paphnuce, les deux saints Macaire, saint Arsène et bien d'autres qui, plongés au fond des déserts, n'avaient d'ordinaire la messe et la communion sacramentelle que le dimanche, y suppléaient les autres jours par la communion spirituelle, comme Pierre de Blois dit l'avoir appris de saint Odilon, abbé de Cluiry en ses Exhortations. « Tous ces saints abbés, dit-il, à une certaine heure du jour, recueillaient dévotement et fidèlement en leur mémoire les bienfaits de la passion de notre Seigneur, comme un faisceau de douces choses qu'ils serraient dans leur conscience pour en jouir avec sur-
vite ; « ils mangeaient ainsi spirituellement le corps du Seigneur avec crainte et en toute humilité. » (P. Bios. Ep. 123.)
Faisons comme ces fervents disciples de la croixet, dans le désert de la vie terrestre, nous goûterons les joies du commerce assidu de l'âme avec Jésus-Christ. Nous vivrons de sa divine sève ; il sera notre substance et notre salut.