CHAPITRE VI. — DE LA SAINTE COMMUNION
Ce très-saint sacrement est, suivant le langage du Cantique des cantiques, le cellier mystique où votre époux vous a fait la grâce de vous introduire et d'où vous devriez sortir tout spirituel et divin, comme une personne, saintement enivrée d'amour, qui ne peut s'appliquer à autre chose qu'à Dieu. (Gant. 2.) Qu'il n'y ait plus ce jour-là de monde pour vous, plus de vanité, plus de chair, ni de volupté, ni de divertissement étranger à Dieu. Tout ce qui est en vous est saint et sacré, ôtez-en l'usage profane, et vous qui entoureriez de respect et de décence le tabernacle où réside le Sauveur dans nos églises, ne souillez point par lâcheté le lieu où Jésus-Christ a passé, c'est à-dire vous-même, votre langue et votre cœur. Respectez Jésus-Christ en vous et, vous tenant par la pensée tout près de lui, recueillez ses paroles et adressez-lui vos oraisons. Justifiez ces paroles de saint Ambroise : « Le sacrement exalte à ce point les sentiments des fidèles qu'il leur ôte les soins de ce monde, la crainte de la mort et toute sollicitude. » {Comm. in Ps. 88.)
Parmi les petites oraisons jaculatoires qui vous doivent être familières et fréquentes pour exciter et amollir votre cœur envers Dieu, ayez-en quelquesunes qui se rapportent à l'adorable Eucharistie, et dans votre exercice du soir, souvenez-vous du Seigneur que vous avez reçu le matin; adressez-lui des aspirations de cœur telles que les suivantes :
« Ah! Seigneur, demeurez avec moi, parce qu'il se fait tard. Aujourd'hui, très doux Jésus, vous ayez ce-
lébré votre pâque en mon cœur, ne vous éloignez plus de moi..., etc. »
Rendez bien compte à votre père spirituel du fruit de vos communions, afin qu'il règle avec connaissance de cause l'usage que vous en devez faire.