‹ La journée pieuse ou instructions pratiques pour sanctifier chaque jour par les exercices de la vie chrétienneChapitre 132 sur 233 · CHAPITRE'vIIT. — DE LA LECTURE SPIRITUELLE · texte numérisé non relu

CHAPITRE'vIIT. — DE LA LECTURE SPIRITUELLE

sont deux branches de l'arbre de la contemplation sur lesquelles ont coutume de se tenir, comme une paire de colombes, deux sortes de religieux contemplatifs; à savoir ceux qui s'adonnent plus à l'oraison qu'à la lecture et ceux qui s'appliquent à la lecture plus qu'à l'oraison. (Pet. Bios. Serra. 9.) Néanmoins les uns et les autres ne doivent pas entièrement séparer ces deux exercices, ce serait un abus de toujours lire sans oraison et un désordre de toujours prier sans lecture.

« Que notre oraison, dit saint Jérôme, soit suivie de la lecture et la lecture à son tour suivie de l'oraison. » (S. Hier. Ep. 18.) La lecture prépare et alimente l'oraison; l'oraison vivifie et utilise la lecture.

Des avantages de la lecture spirituelle.

Lisez saint Augustin au huitième livre de ses Confessions (ch. 5 et 6) et vous y verrez des exemples si beaux et si édifiants que vous en serez vousmême touché et que vos exemples d'édification toucheront à leur tour des personnes qui vous admireront.

Considérez qu'un mot de l'Ecriture excita en saint Antoine une telle componction qu'il le fit renoncer au monde et à tous les biens de la terre. L'exemple de saint Antoine ayant été lu par deux gentilshommes d'une cour impériale, leur causa une telle impression

qu'ils abandonnèrent pour la solitude et la cour et leurs fiancées et le monde. (S. Aug. Conf. 1. 8, c. 6.) Ce dernier trait rapporté à saint Augustin par Potitien l'émut profondément et l'aida puissamment à se dégager enfin des liens de ses passions. Les livres de saint Augustin et en particulier son exposition sur le psaume 36 attendrirent si fort le cœurde saintFulgence qu'il en fut déterminé à embrasser la vie monastique où lalecturedes vies admirables des religieux d'Egypte lui inspira le désir des plus grandes rigueurs. Or la lecture des écrits de saint Fulgence, combien de cœurs n'aura-t-elle pas éclairés et touchés?

Enfin, l'utilité de la bonne lecture est si visible par une infinité d'exemples de coupables convertis, de tièdes réchauffés, de justes sanctifiés, que son efficacité est comparée à celle de l'oraison et préférée à celle de la prédication. Elle est comparée à l'oraison ; car, si dans la prière nous parlons à Dieu et s'il nous y répond par ses inspirations, dans la lecture Dieu nous parle et nous lui répondons par nos résolutions. Et, comme dans l'oraison nous méditons les vérités salutaires et en tirons des affections et des résolutions, nous devons faire la même chose dans la lecture. Je dis, en outre, que la lecture peut produire plus de bien que la prédication de la parole de Dieu. Je n'ignore pas que la vive voix d'un sermon a son énergie particulière ; mais vous reconnaîtrez aussi à la lecture spirituelle de bien grands avantages. D'abord, nous n'avons pas toujours des prédicateurs à entendre et nous pouvons toujours avoir des ouvrages à lire ; la

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