‹ La journée pieuse ou instructions pratiques pour sanctifier chaque jour par les exercices de la vie chrétienneChapitre 160 sur 233 · CHAPITRE XI. — DU TRAVAIL DES MAINS · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI. — DU TRAVAIL DES MAINS

prenait pour seul arbitre de son âme, sans se préoccuper des objets da dehors. Prenez aussi le Seigneur pour l'unique témoin de votre travail, faites de sa volonté votre seul mobile et de sa gloire votre unique but, suivant ce verset de David : « J'ai vu la fin de toute consommation. » (Ps. 118.) Cette recommandation est celle de saint Benoît dans ce passage de sa règle : « Que l'homme ne perde point de vue que Dieu du haut du ciel le voit sans cesse et à toute heure et que partout il suit du regard ses actions. » (Rey. c. 7.) Ce n'est pas autre chose, en résumé, que la pratique de la présence de Dieu .

S'inspirant de telles pensées, les plus grands hommes de tous les Ordres monastiques et les plus grands saints, depuis saint Pacôme à saint Bernard, pour ne point parler des autres, n'ont rien vu, dans les travaux les plus vulgaires entrepris par obéissance et pour la gloire cle Dieu, qui fût au dessous de leur dignité. La garde des troupeaux, les soins du labourage et de l'art rustique, les travaux même de maçonnerie, le maniement de la bêche et du râteau, la conduite de la charrue, la confection des nattes et des paniers, tous les métiers du bas peuple, toutes les fonctions que les gens du monde laissent h leurs domestiques, ces illustres personnages se sont volontiers employés à tout, n'estimant méprisable que le péché, ne jugeant vaines et stériles que les actions d'où la pensée de Dieu est absente. « C'est une mauvaise honte, disait saint Justin, que de craindre qu'en travaillant de ses propres mains, on ne soit tenu poiu-

homme misérable, n'ayant personne qui vous assiste et vous serve. » {De vit. Chr.J Les saints n'étaient pas entachés de ce respect humain et saint François Xavier, moins que tout autre, lorsque, s'en allant aux Indes, avec la qualité de légat apostolique, il se faisait le valet, servus servorum, le cuisinier, l'infirmier de tous les malades qui étaient sur le vaisseau, jusqu'à laver la vaisselle et à faire lui-même la lessive. Vainement l'ambassadeur du roi de Portugal voulait le détourner de ces vils emplois, le saint y persista en disant que cela ne diminuerait en rien l'autorité de sa charge, parce que le péché seul déshonorait un homme et le rendait méprisable.

Voilà de quelle manière ont travaillé nos saints Pères. Voilà quelle a été au travail leur ferveur, leur humilité, leur patience, leur simplicité et leur abnégation.

Pénétrez-vous de leur esprit, aimez la peine, l'abjection, la pauvreté et la soumission la plus absolue, pour l'amour de Dieu. Aimez, comme eux, à n'être compté pour rien. Ama nesciri etpronihilo reputari. Et, comme eux, bien différent des gens du monde qui ne savent, dit le prophète, « que tendre des toiles d'araignée, » (Is. 59.) vous ferez des œuvres solides et vous vous amasserez de riches trésors ; Dieu recueillera vos sueurs, il comptera tous vos efforts et y proportionnera dans sa bonté la grandeur des récompenses.

Page 1