‹ La journée pieuse ou instructions pratiques pour sanctifier chaque jour par les exercices de la vie chrétienneChapitre 163 sur 233 · CHAPITRE XII. — DE LA CONVERSATION · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. — DE LA CONVERSATION

en fréquentant le monde, ce que disait le bienheureux David d'Auguste, religieux de saint François : « Nous avons, dit-il, souvent expérimenté, et chez nousmêmes et chez les autres, que les fréquentes sorties, la conversation avec les séculiers et l'excessive préoccupation des affaires extérieures éteignent la dévotion de l'âme, attiédissent la ferveur de l'esprit, amortissent la forte résolution de la vertu, relâchent le cœur, affaiblissent l'ardeur du progrès spirituel, poussent à aimer les délices, à passer le temps sans fruit, à dire sans cesse des paroles oiseuses, à faire des railleries et des contes ridicules, à négliger l'oraison, l'office et les heures canoniales et à s'acquitter sans ferveur de ses dévotions ordinaires. » Nous ressemblons à ces belles perles qui sont molles et tendres, pendant qu'elles demeurent dans la nacre, mais qui s'endurcissent dès qu'elles voient la lumière. Une âme qui, dans la retraite et le recueillement, était docile, souple et obéissante, ne sentira plus au contact du monde que dureté et inflexibilité. Le grand jour la durcit, sa ferveur s'y évapore et ses bonnes habitudes s'y détruisent

Par rapport au prochain, le religieux qu'on voit trop souvent dans le monde perd cette haute estime, cette réputation de sainteté et ce respect involontaire qu'on lui portait. Il ne devient pas seulement un objet de mépris, mais il inspire une sorte d'aversion, comme feraient presque des morts apparaissant tout à coup au milieu des vivants. Nos monastères ne sont-ils pas nos sépulcres? Nos dortoirs ne sont-ils pas, suivant

saint Basile et saint Jean Glimaqne, des tombeaux où nous attendons la résurrection? (S. Basil, de Via solit. S. Joan. Glira. Grad. 4.)

ARTICLE II

Quelques avis pour se bien comporter dans les visites qu'on fait au dehors.

Autant que possible et quelque fermes ou éprouvés que nous soyons, n'allons pas seuls dans le monde et n'y demeurons pas sans être accompagnés de l'un de nos frères, surtout si nous sommes appelés auprès de personnes de différent sexe. Quand il s'agirait même de secrets de conscience qui ne souffrent pas d'auditeur, notre compagnon peut rester à proximité de nous et sa seule présence nous être d'un grand secours contre toute tentation. Nous ne saurions avoir une trop grande défiance de nous-même ; les plus fortes colonnes se brisent parfois au moindre choc. Acceptons de grand cœur le compagnon que notre supérieur nous aura désigné et à l'occasion ne refusons pas d'accompagner les autres par obéissance. Nous aurons ainsi part à leurs bonnes actions.

Armez-vous de la bénédiction du supérieur et de l'oraison pro viatoribus jugée si nécessaire par saint Benoît qu'il a voulu qu'à tous les offices divins on priât Dieu pour ceux qui sont dehors. S'engager dans la fréquentation du monde, n'est-ce pas s'embarquer sur une mer orageuse où abondent les écueils et les

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