CHAPITRE XII. — DE LA CONVERSATION
brisants? Pourrions-nous trop nous munir du secours et de la présence de Dieu? Et ne faut- il pas que notre ange gardien nous suive au départ et au retour, comme fit l'ange Raphaël pourTobie? Sans la prière, sans la vigilance et surtout sans la grâce de Dieu, nous ne traverserions les maximes vicieuses et les mauvais exemples dont l'air du monde est infecté, que pour en rapporter le germe empoisonné; nous ne rentrerions dans la solitude que plus vains, plus indévots, plus ambitieux et plus sensuels.
Notre visite terminée, purgeons -nous en quelque sorte de toute mondanité en remerciant le Seigneur et notre ange gardien d'avoir bien voulu nous garder de tout mal; ou plutôt, parce que bien des fautes échappentauxmoins imparfaits, demandons pardon de nos paroles vaines ou curieuses, de nos regards ou de nos gestes inconsidérés , en un mot, de toute chose en quoi nous aurions pu oublier la perfection de notre état.
Observez religieusement tout ce qui est prescrit par les règles et par la volonté des supérieurs, n'allant en aucun lieu qu'en celui qui vous a été permis, ne mangeant pas au dehors si vous pouvez revenir assez tôt pour attendre, ne rompant le silence que pour d'utiles raisons et alors ne parlant que de choses bonnes et édifiantes, comme nous le verrons ei-apivs. Saint Bonaventure conseille, outre la modestie extérieure qu'entraîne la vigilance et qui sied aux religieux, de réciter des prières et des psaumes chemin faisant, ou de s'entretenir dans de saintes méditations ou de pieuses conférences.
Hâtez- vous de rentrer aussitôt que vous aurez terminé les affaires qui vous ont obligé à sortir, imitant, comme dit saint Basile, la colombe de Noé qui revint promptement à son arche, avec un rameau d'olivier, parce qu'elle n'avait rien trouvé sur la terre où elle pût poser le pied. (S. Bas. lib. de Abdic. rer.) Rentrez avec joie et empressement au séjour des pures affections et dans l'arche tutélaire qui vous préserve des grandes eaux de l'iniquité.
Dès que vous serez de retour, rendez compte à votre supérieur des affaires que vous aurez traitées et du succès de votre voyage, selon qu'il le désirera ou que la chose le méritera. Mais surtout ne rapportez que l'olivier de la paix et épargnez à vos frères le récit des choses que vous aurez pu voir et entendre. Vous seriez coupable de tout le mal qui en pourrait résulter.
ARTICLE III
Des visites que reçoivent les personnes religieuses et des danger» qu'elles ont à craindre dans la conversation des gens du monde.
Il y a bien moins de péril dans les visites qui [nous sont faites que dans celles que nous faisons; il y en a encore beaucoup cependant, puisque si par les unes nous pouvons entrer dans les vices du monde, par les autres les vices du monde entrent chez nous et nous viennent chercher. Si les personnes du dehors ne venaient voir les religieux ou les religieuses que poulie bien spirituel, le mal ne serait pas grand ; mais il