‹ La journée pieuse ou instructions pratiques pour sanctifier chaque jour par les exercices de la vie chrétienneChapitre 169 sur 233 · CHAPITRE XII. — DE LA CONVERSATION · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. — DE LA CONVERSATION

ARTICLE IV

De la visite des malades.

1. Des motifs qui nous doivent exciter à celte œuvre de charité.

Le premier motif est la charité dont on fait alors un un double exercice et envers Dieu et envers le prochain. C'est ici un grand acte de cette reine des vertus à l'égard de Jésus-Christ que nous devons voir en la personne des malades. « Avant toutes choses et par dessus toutes choses, dit saint Benoît, qu'on ait soin des malades et qu'on les serve comme Jésus-Christ même ; car il dira un jour : « J'ai été malade et vous m'avez visité et ce que vous avez fait au moindre des miens, vous me l'avez fait à moi-même. »

C'était le sentiment qui embrasait le cœur du séraphique saint Bonaventure et qui lui faisait dire : « Pourquoi, âme chrétienne, es-tu dans une perpétuelle anxiété au sujet de Jésus-Christ? Epouse du Bien-aimé, je te montrerai celui que tu aimes ; trèscertainement il est couché dans l'infirmerie ; il est là souffrant et plein d'angoisse ; cours le servir et compatis à Jésus-Christ malade. Ne demandons plus désormais où il repose et où il se couche à midi, puisque nous en savons le lieu; nous savons que c'est dans l'infirmerie, il ne nous reste plus qu'à lui rendre nos services. » (S. Bonav. Stim. amor. 2 p. c. 5.) Cette considération est si pressante qu'il n'y faudrait

rien ajouter pour obliger une âme qui aura un grain de foi et d'amour divin à visiter les malades. C'est un moyen qui la fera merveilleusement avancer dans le divin amour actif et passif, c'est-à-dire qu'elle en aimera Dieu davantage et qu'elle sera davantage aimée de lui. Tel est le sens de ces paroles de l'Ecclésiastique : « Ne soyez point paresseux à visiter l'infirme ; car par là vous serez confirmé dans la dilection, » (Eccli. 7.) passage qui peut s'appliquer aus^i à ce que nous allons dire de la charité fraternelle.

Si vous êtes de ces âmes qui sont plus touchées de la créature qu'elles voient que du créateur invisible, songez qu'en visitant les malades vous serez plus aimé de votre prochain et qu'il vous deviendra plus cher. 11 n'y a point de lien plus puissant ni de chaîne plus forte pour nous attacher nos frères souffrants que de les voir et de les assister en cet état.

La sollicitude dont votre visite témoigne est pour eux une grande douceur; votre vue les soulage et plus encore votre affectueuse compassion et votre bon entretien. Quand Jacob malade apprit que son fils Joseph venait à lui avec ses deux petits enfants, on eût dit que cette visite le guérissait et lui redonnait la vie; fout vieux, tout malade qu'il était, la joie lui donna la force de se mettre sur son séant, de recevoir ses enfants et de les entretenir. Il est certain qu'un malade ne peut s'empêcher d'aimer celui de qui il reçoit ces témoignages d'amour et son amitié persévérera après sa guérison ; elle sera constante, vous en pouvez faire l'expérience. Vous trouverez même que,

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s'il y avait eu quelque refroidissement eu vos cœurs, cette visite y rallumera une bienveillance singulière.

Le second motif proposé par saint Bernard afin d'exciter notre charité envers les malades, est rue nous en obtenons une abondante récompense. Et laquelle? La vie éternelle est promise par le souverain juge à ceux qui se rendent mutuellement les services dont ils ont besoin, suivant la pensée de saint Jérôme. (Ep. 14, ad Col.)

Dieu nous octroie le mérite et les grâces qui nous rendent dignes de cette haute récompense, il nous accorde surtout, comme nous l'avons dit, de nouveaux degrés de charité. Nous prenons sur nous le mal par compassion et conséquemment une part au mérite de ceux qui souffrent, quand nous les visitons charitablement. Et puis les malades que nous consolons auaujourd'hui nous rendront la pareille dans nos maladies, ou Dieu inspirera à d'autres personnes la pensée de nous venir consoler lorsque nous en aurons besoin.

Nous pratiquons avec les malades la patience et la douceur dans les choses fâcheuses qu'il faut dévorer en leur compagnie, et dans les plaintes qui sortent de leur bouche, malgré tout nos efforts pour leur être agréables. Combien de fois, de peur d'aigrir des esprits déjà irrités par la souffrance et l'inquiétude, ne sommes-nous pas obligés de nous taire et de dissimuler les bonnes raisons que nous aurionsà alléguer! Tout cela fait un merveilleux fonds de mérite. Un quatrième fruit spirituel que nous reti-

rons de notre charité à visiter les malades et à les servir, c'est l'exercice de la mortification et de l'humilité imposé à quiconque veille à leur chevet; on est obligé de leur parler presque sans relâche, de les consoler, de recevoir leurs doléances et de subir bien des dégoûts qui répugnent à la nature.

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