‹ La journée pieuse ou instructions pratiques pour sanctifier chaque jour par les exercices de la vie chrétienneChapitre 168 sur 233 · CHAPITRE XII. — DE LA CONVERSATION · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. — DE LA CONVERSATION

appelé à des emplois de plus haute conséquence; si vous commencez à porter moins volontiers la pauvreté religieuse et à désirer vos commodités, si vous dédaignez la conversation de vos frères et surtout des plus simples; si vous tenez pour un envieux et pour un fâcheux quiconque vous avertit de vos défauts. Si cela est, il y a grande apparence que vous êtes frappé d'une maladie périlleuse et difficile à guérir. Vous perdrez bientôt, si ce n'est déjà fait, les vertus d'obéissance, de charité et de concorde, de simplicité, de dévotion et d'humilité. Vous ne sauriez croire en combien peu de temps vous irez de mal en pis, si vous ne vous arrachez promptement et vivement à vousmême et si vous ne priez les supérieurs de vous aider à rompre vos chaînes et vos habitudes. Remettez-vous avec l'ardeur d'un novice à la pratique de vos exercices réguliers et diminuez progressivement le nombre de vos visites. Implorez surtout la divine miséricorde sur votre misère qui est encore plus grande que je ne vous dis et que vous ne pensez.

Un jour qu'on avait pressé le grand saint Antoine de donner un peu de son temps au bien du prochain, il sortit de sa cellule à l'instante prière d'un duc qui s'était fait le charitable interprète de plusieurs personnes éplorées. Mais, après avoir donné des instructions salutaires et expédié quelques affaires, il prit aussitôt congé. Le duc le voulait retenir; mais le saint lui dit qu'il ne pouvait pas demeurer davantage, alléguant l'exemple des poissons qui vivent dans l'eau et meurent sur la terre, et disant qu'il en était de

même des religieux qui, dans de trop longs rapports avec les séculiers, perdent leur vigueur et se relâchent aux bagatelles humaines. (Eugen. pap. c. Placuit 16, q. 1. — S. Athan. in Vit. S. Ant.) Il faut, ajouta le grand cénobite, que nous retournions au monastère, comme les poissons à la mer, de peur d'oublier au dehors notre devoir et nos premières intentions. Mais quels moyens, direz-vous, de nous défaire de ceux qui nous retiennent trop longtemps? Vous en trouverez mille, si vous le voulez bien. Par exemple, un son de cloche vous appelant à quelque exercice commun, vous le direz franchement et simplement à ces personnes et, au lieu de s'en formaliser, elles admireront plutôt votre exactitude. Ou bien vous entendez sonner une heure quelconque à l'horloge de la communauté et vous dites que cela vous fait souvenir d'un point dont vous a chargé l'obéissance. Si vous ne croyez pas convenablement pouvoir user de ces moyens, mettez en avant quelque entretien spirituel et vous obtiendrez ainsi de deux choses l'une : ou que votre bon propos sera reçu comme mérite une bonne semence et produira d'heureux effets dans l'esprit de votre interlocuteur, ou qu'ayant peu de goût pour ce genre de conversation, il vous quittera plus vite et ira se désennuyer ailleurs.

Page 1