CHAPITRE XII. — DE LA CONVERSATION
de l'intégrité du corps humain qu'elle porte à la corruption, enfin comme la plus terrible entre toutes les choses terribles, ainsi que disait le philosophe. (Aristot. 1.3. Eth. c. 5.) Encore ce mal serait-il moins effrayant, si le regard de la foi qui se porte au-delà du tombeau ne nous représentait le jugement suprême duquel dépend l'éternité ; moins effrayant surtout sans l'incertitude non-seulement du sort éternel qui doit nous échoir, mais de l'état présent même où nous nous trouvons, à savoir si nous sommes objet d'amour ou de haine. C'est ce qui remplissait de frayeur quelques saints et des saints du mérite de saint Hilaiïon qui, au rapport de saint Jérôme, saisi d'épouvante à l'heure de la mort, essayait de s'encourager en se disant à lui-même : « Que crains-tu, ô mon âme ? De quoi estu inquiète? Reprends confiance et quitte ta prison. Tu as servi près de soixante-et-dix ans Jésus-Christ et tu as peur de la mort ! »
La seconde peine du malade c'est la douleur physique parfois plus insupportable que la mort même ; et, quoiqu'elle soit assez modérée chez quelques-uns, chacun sent la sienne et l'estime, disait Pline, plus atroce que toute autre douleur. (PI. 1. 25, c. 3.)
La maladie interdit, de plus, tous les plaisirs honnêtes que l'âme vertueuse pouvait avoir en pleine santé, comme la joie qu'elle éprouvait à exercer les vertus de tempérance, de miséricorde, de charité et autres vertus difficiles au malade ; comme la joie que lui donnaient les études, les lectures, le ministère sacré, ou les consolations qu'elle tirait de la médita-
tiou des choses célestes, méditation rendue presque impossible à sa ferveur.
Enfin chacun a ses inclinations permises et, quelque modérées qu'elles soient, on ne laisse pas d'en trouver la privation pénible et cette affliction appelle la consolation. Tel doit être le but de vos visites.
Mais il faut le faire avec ordre et profit; car il arrive trop souvent que les consolations indiscrètes sont plus à charge qu'à soulagement ; il importe donc de choisir le temps et l'heure et d'observer si bien certaines lois de convenance et de tact que le malade n'ait pas sujet de nous dire comme Job à ses amis : « Vous êtes des consolateurs onéreux. » (Job. 16.)
Ce n'est pas lorsque le malade a besoin de repos ou quand il est déjà las et fatigué d'un entretien précédent, que vous devez lui adresser vos discours. Prenez garde aussi que votre visite n'apporte quelque obstacle aux remèdes prescrits par le médecin ou aux recommandations faites par lui. Ayez cette retenue de ne pas importuner le malade de discours on trop bruyants ou trop longs ; votre présence seule lui sera peut-être plus agréable. Il est bien de faire quelquefois comme les amis de Job qui interrompaient leur entretien et n'osaient plus lui dire mot, en voyant la violence de sa douleur. (Job. 2.) Les fréquentes questions peuvent importuner un malade en le contraignant de répondre. Il ne sera pas sans à propos de mener avec vous quelqu'un à qui vous parliez doucement auprès du malade ; il y prendra plaisir et dira aussi son mot, quand il le voudra.