‹ La journée pieuse ou instructions pratiques pour sanctifier chaque jour par les exercices de la vie chrétienneChapitre 172 sur 233 · CHAPITRE Xir. — DE LA CONVERSATION · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xir. — DE LA CONVERSATION

Il faut ajouter à la discrétion une grande charité. C'est elle qui nous anime à la visite et à la consolation de nos frères et cette charité se montre dans une vraie et sincère compatissance au mal d'autrui, sentiment qu'on fera bien de lui témoigner par d'affectueuses paroles. Saint Grégoire de Nazianze nous l'apprend en ces termes : « Si vous n'avez rien, dit-il, à donner au malade, donnez-lui des larmes ; c'est un grand remède pour un affligé qu'une commisération tendre et véritable. On emporte une partie de son mal, quand on exprime à un malade une sincère compassion. (Orat. 16.) Sénèque dit l'avoir expérimenté dans une maladie. » Mes amis, dit-il, contribuèrent beaucoup à ma guérison ; car ils me soulageaient parleurs exhortations, par leurs veilles et par leurs entretiens. Il n'est rien qui aide et récrée un malade comme l'affection des amis, rien qui lui fasse mieux passer la crainte et l'attente de la mort. » (Ep. 78.)

Ceux-là manquent tout à fait de charité et de discrétion et doivent être éloignés de l'infirmerie qui, n'étant pas supérieurs, osent faire des réprimandes aux malades et viennent leur reprocher d'être cause de leur mal. Tels étaient, dit saint Antiochus, ces fâcheux consolateurs ou plutôt calomniateurs de Job, lesquels rejetant le sujet de la maladie sur le malade même, « ajoutaient, suivant l'expression du psalmiste, à la douleur de ses plaies. » (Ps. 68.) Ceux-là encore sont d'importuns visiteurs qui discutent avec le malade et le contredisent à tout propos, lui échauffant la bile et aggravant la fièvre qui le brûle; ceux-là pareillement

qui, mauvais prophètes, ne savent annoncer que la mort ou une longue maladie. Voudriez-vous, étant malade vous-même, de cette espèce de consolation, pleine de tristesse, d'amertume et de mélancolie ? Enfin vous en verrez d'autres qui, devant un malade, ne feront autre chose que médire du local de l'infirmerie, de la situation de la maison, de l'air, du médecin, des médicaments et de toutes choses, en général. 0 imprudent consolateur, si ce que vous dites est vrai, si ces choses que vous blâmez sont contraires à la santé, que ne vous adressez-vous à qui doit y remédier ? à quoi bon troublez-vous le malade et vous mettez-vous en travers de ce qui peut lui servir ? Il y en a d'autres qui ne font guère mieux; ils s'établissent médecins et proposent des remèdes particuliers qu'ils vantent comme préférables à ceux d'un homme de l'art, alléguan t des exemples de guérisons plus ou moins applicables à la circonstance. Ces docteurs improvisés sont dangereuxets'exposentaupéchéd'homicide;leurmoindre tort est de jeter le malade en d'étranges perplexités. Le charitable et discret consolateur fera un service bien plus agréable et plus utile au malade, s'il le voit trop inquiet de la mort, de lui faire espérer sa guérison et de lui en donner de bonnes conjectures sur ce qu'il est ou d'une forte complexion, ou d'un âge encore peu avancé, sur ce que plusieurs personnes guérissent de la même maladie sans avoir un médecin ni plus habile ni plus soigneux que le sien, sur ce qu'il y a tel et tel signe d'amélioration et tel et tel motif d'espérer une prochaine guérison; ces consolations sont raison-

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