CHAPITRE I. — INSTRUCTION GÉNÉRALE, ETC
quelques petites bonnes œuvres. Rachetons donc courageusement le temps, travaillons fidèlement, opérons avec ferveur tout le bien que nous pourrons, pressons le pas dans le chemin de la vertu , redoublons nos pénitences et toute sorte d'actions vertueuses, donnons à Dieu plus de temps que nous ne lui en avons ôté. C'est pour vous aider à cela que j'ai composé ce petit ouvrage ayant pour objet toutes vos actions de la journée et par conséquent toutes les actions de votre vie. Gomme, en effet, nos actions les plus petites, aussi bien que les plus grandes, ont la durée de quelques minutes, que soixante minutes composent l'heure et vingt-quatre heures la journée, qu'ainsi trois cent soixante-cinq jours et quelques heures forment une année et qu'un nombre incertain d'années compose toute la vie dont Dieu vous a fait don, si vous apprenez cà bien faire toutes les actions de la journée, vous saurez bien passer la vie entière ; et la partageant heureusement en deux, selon le langage de l'Ecriture, « vous rachèterez la moitié que vous avez inutilement passée par l'autre moitié qui sera peutêtre bien plus courte que l'autre. » (Job. 21. Ps. 54.) Le point important en tout ceci est que nous trouvions et accomplissions en toutes nos actions la sainte volonté de Dieu. C'est ce qu'il nous faut voir en l'article suivant.
ARTICLE IV
Que le soutien de la vie d'amour est l'accomplissement de la volonté divine.
La vie de la charité que nous avons expliquée et qui se montre par les opérations, comme nous venons de voir, a besoin d'aliments pour subsister; car il n'y a pas de vie qui ne demande sa nourriture propre. Si la vie est spirituelle, il lui faut une nourriture spirituelle, si la vie est corporelle, il lui faut une nourriture corporelle. Dieu est vivant et, comme parle saint Denis, survivant d'une vie suréminente à toutes les vies; il lui faudrait donc, si l'on pouvait appliquer à Dieu quelques expressions de ce genre, une nourriture suréminente à toute autre ; et en effet c'est de luimême qu'il subsiste, de sa propre essence et de ses perfections infiniment adorables ; d'où il résulte qu'à proprement parler et en prenant le terme d'aliment dans le sens humain d'un secours extérieur nécessaire à l'entretien de la vie, Dieu n'a pas besoin d'aliment, puisqu'il ne reçoit rien du dehors et que, Etre infini, il vit de sa propre infinité.
Mais la vie de l'ange, quoique spirituelle et immortelle, dépend d'un secours extérieur, ce qui faisait dire à l'un d'eux parlant à Abraham dans le langage des hommes : « Je reviendrai l'année prochaine, si Dieu me donne vie. » (Gen. 18.) Dieu donc soutenait et alimentait la vie de cet ange par quelque nourriture