CHAPITRE XII. — DE LA CONVERSATION
rieurs une bienveillance, ennemie de la contestation. « Que les plus jeunes, disait saint Benoît, rendent honneur aux anciens et que les anciens aiment les plus jeunes. » Si la distance d'âge ou d'entrée en religion n'est pas bien grande, ils peuvent passer pour égaux et, suivant l'expression du même saint, empruntée à saint Paul (Rom. 12.) se prévenir d'honneur les uns les autres; c'est ce que saint Benoît appelle un bon zèle de fervent amour.
Et d'abord, pour le respect que les jeunes doivent aux anciens, le sage législateur le spécifie quand il dit : (Reg. c. 63.) « Que partout où les frères se rencontrent, le plus jeune demande la bénédiction à l'ancien et lui fasse place. » Cette marque de déférence extérieure et d'autres semblables, comme de prendre un. moindre siège, paraissent peu de chose; mais si la vertu d'humilité en est le principe et que la charité y mette sa vertu, tout aura beaucoup de prix. Ne négligez non plus jamais de vous découvrir devant votre ancien, de vous lever ou de vous arrêter quand il vient ou qu'il passe, de vous tenir debout quand il est assis, de le suivre quand il marche ou de l'accompagner en lui donnant la droite et de ne point l'interrompre quand il parle. Cela se doit surtout à celui que sa charge rend votre supérieur.
Or, afin de mettre la cognée à la racine, savez-vous quelles sont les causes qui produisent ordinairement les mauvais effets d'irrévérence ou de manquement à ces devoirs de respect? La première est une certaine rusticité qui n'est pas excusable chez une personne re-
ligieuse, ni chez toute autre qui soit un peu raisonnable et d'une honnête éducation. La deuxième est l'orgueil qui est encore d'autant plus insupportable que la rusticité est naturelle, tandis que l'orgueil est contre nature. La troisième est la trop grande familiarité dont use un homme doué de peu de jugement. Cette familiarité dans les âmes basses et communes engendre le mépris et fait qu'on traite avec un supérieur de pair à compagnon, ce qui ne se doit jamais faire, quand bien même l'inférieur serait beaucoup plus âgé, plus savant, plus illustre et plus noble. Le supérieur tenant la place de Dieu et représentant son autorité est, aux yeux de la foi, bien au dessus de tous ceux qui lui doivent obéissance.
Il y a encore irrévérence à l'interrompre dans son discours, ce qui peut arriver par trois principes :
Par le désir de s'excuser d'une réprimande ou de se justifier bien vite d'une faute, quand il vaudrait mieux se taire et en demander humblement pardon ;
Par un esprit de contradiction qui prend la hardiesse de contester : c'est le premier pas de la rébellion et un oubli du respect dû à l'autorité;
Par un mouvement plus coupable encore d'effronterie qui tâche de faire retomber la faute sur le supérieur même, ce qui est un renversement de l'ordre établi de Dieu et une source de maux incalculables dans les communautés. « Il faut, dit le pape Nicolas, qu'on voie la retenue et la vénération des enfants envers leur père spirituel et des disciples envers leur maître, et qu'ils n'aient jamais la témérité non-seule-