‹ La journée pieuse ou instructions pratiques pour sanctifier chaque jour par les exercices de la vie chrétienneChapitre 195 sur 233 · CHAPITRE XII. — DE LA CONVERSATION · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. — DE LA CONVERSATION

pas honte de m'émouvoir pour si peu ? Soldat délicat de Jésus souffrant, membre chatouilleux d'un chef couronné d'épines, que ne suis-je confus de ma susceptibilité ? Eh quoi ! je dois à Dieu la somme de dix mille talents et pour un denier je prendrais volontiers mon prochain à la gorge ! »

Ou bien, acceptant cette peine, dites en votre cœur, pour vous animer à souffrir : « A la bonne heure, cette fois, Dieu daigne m'éprouver; indubitablement, sije suis fidèle et patient, une grande récompense m'attend et je suis sûr d'être agréé de Dieu. Que je suis heureux de rencontrer une si belle occasion d'avoir mon pardon en pardonnant et de souffrir un peu, comme je l'ai souvent désiré et que je m'y suis souvent offert dans mes oraisons !

Gardez-vous bien d'un autre côté de vous lier d'affection particulière avec quelqu'un ni au dedans ni au dehors de votre communauté. Aimez tout le monde sans exception et ayez une même bienveillance pour tous vos frères et sœurs, vous faisant, comme les premiers chrétiens, « un seul cœur et une seule âme avec tous. »

Prenez part et intérêt à toutes les tristesses et à toutes les joies des autres, sans discerner celui-ci ou celui-là par le titre d'ami préféré. Saint Benoît jugeait si important d'empêcher ces liaisons particulières entre deux ou trois membres et d'en prévenir tous les inconvénients, qu'il ne veut pas qu'un frère se joigne à d'autres frères aux heures non assignées par la règle et qu'il défend également de se faire des présents

382 LA JOURNÉE PIEUSL.

Voulez-vous que je vous dise en un mot le secret non-seulement de conserver la charité, mais de ne pas commettre de faute dans la conversation? Ayez l'humilité, désirez grandement de rester inconnu et foulé aux pieds, comme une personne de néant ? Croyez, comme dit saint Benoît, «. dans le plus intime de votre cœur » que vous êtes, à cause de vos péchés, la dernière et la plus méprisable de toutes les créatures et que vous n'êtes digne que d'injures, de mépris, de vexations et d'abandon. Alors, quand ces choses vous arriveront, vous ne vous aigrirez point contre ceux par qui Dieu permettra que vous portiez la peine de vos fautes. Au contraire, vous vous en réjouirez, vous rendrez grâces à Dieu d'avoir rencontré en cela le remède à vos plaies, la guérison à vos maux. Persuadez- vous aussi que parmi vos frères, s'il y en a qui se montrent plus rudes et plus pointilleux à vous reprendre, même à tort et sans sujet véritable, ce sont ceux-là qui vous obligent le plus. Aimez -les davantage, comme vos plus grands bienfaiteurs et vos meilleurs médecins.

Outre les moyens généraux de bien faire cette action, comme de bien dresser votre intention, d'implorer la grâce sans laquelle vous ne pouvez rien et de réfléchir un peu sur la manière dont vous aurez pratiqué les vertus d'un bon entretien, efforcez-vous de garder l'humilité en votre esprit, la sérénité en votre visage, la bonté en votre cœur, la douceur et la discrétion en vos paroles, une honnête et convenable retenue en tous vos mouvements. Mais faites tout cela

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