‹ La journée pieuse ou instructions pratiques pour sanctifier chaque jour par les exercices de la vie chrétienneChapitre 194 sur 233 · CHAPITRE XII. — DE LA CONVERSATION · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. — DE LA CONVERSATION

ARTICLE III

Quelques actes ou sentiments intérieurs de vertu nécessaires pour la conversation vertueuse.

Considérez sur toutes choses la pure et inviolable charité tant de fois et si affectueusement recommandée par Notre Seigneur Jésus-Christ. Ayez toujours une affection tendre et maternelle pour tous vos semblables comme vous étant chaudement recommandés par Dieu même.

Et souvenez-vous, comme dit saint Benoît, que nous sommes tous une même chose en Jésus-Christ et que nous sommes tous également dans la milice de notre servitude sous un même Seigneur. (Reg. g. 2.) Pour bien conserver la charité fraternelle, tenez compte des avis suivants.

N'ayez point la curiosité de vous immiscer en ce qui ne vous touche point et de chercher à savoir ce qui se passe chez autrui, n'étant pas bien aise vous-même qu'on se mêle de vos affaires. Personne au monde ne jouirait d'une plus grande paix et d'une plus constante sérénité d'esprit que celui qui ne s'embarrasserait point des affaires d'autrui.

Ne vous laissez pas aller à la passion d'avoir toujours ce qui vous sera plus commode et plus à votre gré ; appliquez-vous surtout à ce qui sera pour la plus grande gloire de Dieu et plus utile au prochain. Imitez mie bonne mère qui aime tant son enfant qu'elle se

priverait même de manger pour lui. Voyez dans votre prochain un enfant qui vous inspire un dévouement tout maternel.

Ayez tellement gravée clans votre âme la pensée de votre fragilité et de celle de tous les hommes que dans cette vue vous supportiez en autrui, comme vous voulez qu'on supporte en vous ce qu'il y a de moins parfait soit pour le corps, soit pour les mœurs, comme dit saint Benoît.

Soyez charitable, doux, compatissant, officieux, secourable et patient, servant très-volontiers tout le monde en ce que l'obéissance et le devoir vous permettront. Et, dans tous les bons offices que vous pourrez rendre, ayez en vue cet oracle du Dieu incarné : « Ce que vous faites à un de mes plus petits, vous le faites à moi-même; » pratiquez cela avec dévotion. Que s'il vous arrivait de mépriser quelqu'un ou d'en avoir parlé moins amicalement, pensez que vous avez méprisé Jésus- Christ même et faites-en promptement la satisfaction voulue.

Si vous sentez quelque antipathie ou s'il est tombé dans votre cœur quelque pensée de désunion ou d'amertume contre votre prochain, châtiez-vous et accusez-vous en vous disant en vous-même : « 0 comment puis-je à ce point oublier ma misère? Est-ce ainsi que ni ma perfidie envers Dieu, ni mes faiblesses, ni mes lâchetés, ni le grand nombre de mes péchés ne me sont venus à la mémoire pour me rappeler que je ne mérite pas seulement le déplaisir qu'on m'a Fait, mais tons les supplices des damnés1-? N'ai-je

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