CHAPITRE XIII. — DU SILENCE
très imposait chez eux le silence, comme il l'impose encore chez nous.
Mais je n'ai que faire, en vérité, d'aller puiser dans les petits ruisseaux de la philosophie ce qui jaillit en source abondante du trésor de nos saints livres; je n'ai que faire de mendier les exemples des sages profanes, ayant les admirables exemples de nos saints et surtout du Saint des saints. C'est ici la première louange du silence, d'avoir été honoré par l'exemple du Fils de Dieu même, exemple étonnant et à peine croyable quand ou l'envisage comme il mérite. N'estce pas chose étrange que le Verbe ou la Parole éternelle du Père, parole substantielle, incréée et toutepuissante faite chair à dessein de nous enseigner la voie de salut, venue au monde exprès pour rendre témoignage à la vérité, y entre cependant silencieuse par une grande humiliation, la première de toute sa vie? Bien plus, quoique venu entre les hommes pour parler, des trente-trois ans qu'il vécut, il en mit trente à se taire et ne donna à la parole que les trois dernières années. 0 sagesse divine, que vous êtes profonde ! Comment celui en qui sont cachés les trésors de toute science garde-t-il un si étroit et si long silence ?
Il ne courait pas, comme nous, le moindre risque de pécher par la langue ; « les paroles qu'il disait étaient toujours paroles de vie éternelle. »
D'où vient donc sa merveilleuse retenue en ce point ? Ah! sans doute il a voulu, lui qui venait guérir les maux produits pas le colloque de la première femme
avec l'esprit de mensonge, canoniser le silence et condamner l'excès de la parole. Chacun n'entend pas ce langage; mais saint Bernard en tire son miel ordinaire, quand sur ces paroles du Père : « Celui-ci est mon fils bien-aimé, en qui je me suis complu, écoutez-le, » (Luc. 9.) il s'écrie, en s'adressant à Jésus-Christ même : « Voici, ô mon Seigneur Jésus, l'ordre donné par votre Père, qu'il faut qu'on vous écoute. A présent, du moins, commencez à parler. Jusques à quand demeurerez-vous silencieux? Vous vous êtes tû longtemps, bien longtemps. Enfin, vous avez de votre Père toute faculté de parler ; combien de jours encore, ô vertu et sagesse incréée, vous tiendrez-vous caché parmi le peuple, comme un homme chétif et ignorant?... Lorsque Jésus-Christ gardait le silence, ajoute saint Bernard et lorsqu'il se cachait de la sorte, craignait-il peut-être la vaine gloire? Comment aurait-il appréhendé la vaine gloire, lui qui était la vraie gloire du Père ? Il craignait cependant, non pour lui, mais pour nous; il craignait pour nous qui avons tant sujet de craindre en cette matière. Il se taisait de bouche; mais il nous instruisait par ses œuvres; son exemple proclame dès lors ce que ses paroles enseigneront dans la suite. » (S. Bern. Servi, i, de Epiph.) Ce que je trouve encore de plus admirable, c'est le profond silence que garda notre Sauveur dans sa passion, parmi les calomnies, les coups, les injures et les instances même que faisaient les juges pour le faire parler. On l'accuse violemment devant Caïphe; ce prince des prêtres voyant le silence de Jésus, se lève