‹ La journée pieuse ou instructions pratiques pour sanctifier chaque jour par les exercices de la vie chrétienneChapitre 199 sur 233 · CHAPITRE XIII. — DU SILENCE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII. — DU SILENCE

et lui dit : « Ne répondez-vous rien aux témoignages que ceux-ci produisent contre vous ? » Et Jésus se taisait, dit l'Evangile. Jésus autem tacebat. (Matth. 26.) On lui crache au visage, on le meurtrit de soufflets, on l'accable de coups, on l'excite à parler, à deviner, et Jésus se taisait. On le conduit à Hérode qui le presse de parler; ses ennemis continuent de blasphémer contre lui, et Jésus se taisait, ne voyant, observe saint Grégoire, aucune utilité à parler. (S. Greg. 1. 22, Mot. c. 16.) On poursuit son procès devant Pilate ; les princes des prêtres et les anciens le calomnient, le président étonné lui fait instance de parler, et Jésus se taisait; et son silence, dit saint Jean Climaque, commanda le respect à Pilate même. (Glim. Grad. 11.) Mais, bien avant lui, le prophète avait admiré une si ferme et si touchante attitude en disant : « Il s'est offert à la mort, parce qu'il l'a voulu ainsi et qu'il n'ouvrit pas la bouche, étant mené comme un agneau que l'on dépouille de sa toison, que l'on immole et qui pourtant reste muet. » (Is.53.) Voilà le vrai Dieu du silence et le premier observateur de la loi du silence. Si la crèche, l'étable, les langes et les larmes de Jésus nous prêchent et crient vers nous, comme disait saint Bernard dans son sermon sur la Nativité de Jésus, son silence parle hautement à nos âmes et en se taisant il nous crie : <t Ne parlez pas. »

Un autre excellent modèle du silence est la sainte Vierge dont la vie nous est donnée par saint Ambroise comme le miroir et le type de toutes les vertus, parmi lesquelles cet illustre évêque n'oublie pas son silence.

(S. Ambr. 1. 2 de Virg.) «Elle était, dit-il, humble de cœur, grave en ses paroles, prudente en son esprit, amie du silence, fort empressée à la lecture et sobrede discours. » — « Un ange la salue ; elle ne parle point, elle réfléchit, elle garde sa rigueur accoutumée d'un modeste silence», dit Pierre Damien (Petr. Dam. Serm. 3. Nat. B. V.) Elle voit des merveilles, les pasteurs envoyés par un ange, les princes d'Orient avertis par une étoile pour faire hommage au berceau de son fils ; elle le porte au Temple ; le vénérable Siméon, Anne la propbé tesse, tout le monde lui en dit des merveilles ! elle seule ne dit mot, elle pense, elle médite, elle conserve et approfondit ces mystères en son cœur. Bien plus, elle voit son Fils maltraité en sa passion ; on le torture à ses yeux par des atrocités sans nom, et nous ne lisons pas même que la douleur lui ait arraché le moindre cri ; pas de plaintes, pas d'opposition, pas un mot. Bref, dans tout le texte des quatre évangiles, nous ne l'entendons parler que quatre fois, c'est la remarque de saint Bernard : la première fois avec l'ange, après qu'il lui eut adressé la parole à deux reprises; la seconde fois, avec sa cousine Elisabeth, quand, après le miraculeux tressaillement de saint Jean non encore né et après les éloges que l'épouse de Zachaiie lui adresse, la Yierge se met à bénir, à glorifier Dieu et entonne le divin Magnificat; la. troisième, avec son fils, lorsque l'ayant perdu, à l'âge de douze ans, elle le trouve au milieu des docteurs; la quatrième, aux noces de Gana, encore avec son fils et avec les gens qui servaient lefestin. « En vérité, ô Vierge incompara-

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