‹ La journée pieuse ou instructions pratiques pour sanctifier chaque jour par les exercices de la vie chrétienneChapitre 223 sur 233 · CHAPITRE XIV. — DE L'EXAMEN DE CONSCIENCE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV. — DE L'EXAMEN DE CONSCIENCE

seurs et des trophées de nos vierges. Représentez-vous les prières de saint Etienne, le gril de saint Laurent, les bastonnades de saint Marcel, les ongles de fer de saint Vincent, les épines et les orties de saint Benoît, les flammes de sainte Agnès, la roue de sainte Catherine, les débris de pots cassés déchirant la tendre chair de sainte Agathe, les eaux bouillanîes où fut plongée sainte Cécile, les larmes, l'amour, la contrition et la pénitence de sainte Marie Madeleine, les dents des bêtes féroces, les horribles cachots et les fers acérés qui torturèrent tant de saints. Par ce moyen, Dieu aidant et vous-même vous aidant de ces pensées, vous surmonterez un feu par un autre feu, vous confondrez le démon, vous réjouirez les saints et vous reposerez clans la paix de Jésus-Christ. »

Inpace inidipsum Dormiam et requiescam.

CONCLUSION

Voilà les douze heures de votre journée pieuse, voilà aussi les douze principaux exercices qui doivent composer et remplir tous les jours, les semaines, les mois, les années et les diverses périodes de votre vie, à savoir : 1° L'adoration du réveil. 2° La méditation. 3° La correction des coulpes. 4° La confession. 5° La sainte messe. 6° La sainte communion. 7° La lecture. 8° La réfection. 9° Le travail des mains. 10° La conversation. 1 1° Le silence. 12° L'examen du soir.

Vous n'avez qu'à enchaîner, à emboîter ces actions l'une dans l'autre, suivant la perfection que nous avons dite, et il ne vous restera aucun vide et, pour ainsi parler, aucun loisir d'offenser Dieu. C'est ce que disait le bienheureux Pierre Damien des religieux bien occupés, en ajoutant que ce fut là le motif pour lequel le Seigneur donna un si grand nombre de préceptes aux Israélites dans le désert. (L. 6, Epist.) Outre cet immense avantage d'éloigner l'occasion et presque la possibilité du mal, le temps ainsi réglé et rempli avec ordre d'exercices divers assignés à leurs

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heures, vous paraîtra bien court ; le travail vous sera fort léger. (S. Bern. de modo bene vivendi ad sororem, c. 51. — 1 Thom.2, 2 q 8 a 4 arg. 2.

Souvenez- vous que vous viendrez au terme de votre vie comme à la fin de chaque journée ; et, si vous vous sentez l'esprit consolé, quand le soir, en vos réflexions, vous remarquez les grâces que Dieu vous a faites de lui avoir été fidèle et obéissant, quelle joie sera la vôtre, lorsque, avant le sommeil suprême de la mort, vous entendrez, comme le roi Ezéchias, votre conscience vous rendre un bon et glorieux témoignage de toute votre vie! (Is. 38. — 2 Cor. 1 .) Prenez garde toutefois que non-seulement votre vie soit pleine de bonnes journées, comme votre journée de bonnes œuvres; mais que vos œuvres soient pleines de vie et d'esprit de véritable charité.

Craignez que Dieu ne vous adresse le reproche qu'il fit à un malheureux dans l'Apocalypse par la bouche d'un ange du ciel, en ces termes : Tu as le nom de vivant et tu es mort, étant privé de la vie effective de grâce et d'amour; tu te vantes du nom de juste et d'ami de Dieu, mais c'est à tort; car tu n'en fais pas les œuvres; ou, si tu en fais quelques-unes, je ne les trouve pas pleines et vivantes. Sois donc vivifié désormais et plus réellement agissant, si tu veux assurer ce peu de bien que tu as et qui allait mourir dans ta tiédeur, faute par toi de pratiquer les actions de vertu. Sois plus attentif désormais à opérer selon ce que tu as appris, observe tout et ne l'oublie jamais et fais péniteuce ; autrement je viendrai à toi lorsque

tu y songeras le moins, et je t'appellerai par la mort à mon tribunal.

Ah ! que votre tiédeur ne vous réduise point en cet état; ne vous reposez pas trop sur vos dévotions, si elles ne sont animées du souffle de l'Esprit-Samt, ni sur votre amour de Dieu, s'il n'est plus effectif qu'affectif. Que vos actions soient pleines et solides, c'està-dire produites par un principe surnaturel et dirigées à l'unique gloire de Dieu, sans la vanité humaine qui les rendrait creuses, sansles manquements d'où résulteraient dans vos meilleures actions des vides et des lacunes imperceptibles peut-être aux regards des hommes, mais sensibles aux regards du souverain scrutateur.

Saint Bernard se sert des paroles de cet autre réproche de Dieu dans la parabole des ouvriers envoyés à la vigne : « Que faites-vous ici, vous autres, oisifs et les bras croisés, tout le long du jour? » (Matth. 20.) Il s'en sert, dis-je, comme d'un aiguillon, pour nous stimuler, tous tant que nous sommes, religieux ou séculiers.

Saint Jean Chrysostôme fait une autre remarque à ce propos, c'est que Dieu dans sa réprimande aux ouvriers non gagés ne leur adresse d'autre injure que de leur appliquer le nom d'oisifs. Pourquoi cela?Pour montrer que l'oisiveté seule est un grand mal et qu'il parle, comme à eux, à bon nombre de personnes non criminelles, si on veut, mais iuutiles. Celles-ci ne s'adonnent entièrement ni au vice ni à la vertu; sans se livrer à de graves désordres, elles sont lâches et tièdes et perdent leur temps. Attachées aux choses

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du monde, elles ne servent ni Dieu ni le démon et suivent une sorte de chemin intermédiaire qui n'aboutit bien précisément ni au ciel ni à l'enfer. Elles passent leurs journées selon leurs inclinations, en promenades, en visites, en vanités, en menus plaisirs et en satisfactions de tout genre, et, sous prétexte qu'elles n'offensent personne, qu'elles ne font point de mal, elles prétendent vivre doucement, mais innocemment. Quelle innocence voisine de la malédiction du figuier stérile qui, lui non plus, ne causait d'autre préjudice que d'occuper inutilement la terre! Quel genre de vie plein de dangers et de mésaventures 1 Dieu la condamne et la raison la réprouve.

N'augmentons pas Je nombre de ces présomptueux fainéants qui, semblables aux épis vides, lèvent d'autant plus haut la tête qu'ils sont plus pauvres de mérite.

Ne nous contentons pas de servir Dieu d'une façon quelconque, donnons-lui tout le temps que nous aurions pu donner à la ibis et au monde et à l'amour de nousmêmes. Avançons tous les jours, sous peine de reculer, et ne nous tenons pas pour satisfaits d'être passablement bons. Aspirant à la perfection dont Jésus-Christ nous montrait le type en son Père céleste : Eslote perfecti sicul Pater vester cœlestis perfectus est, tendons-y de toutes les forces de notre âme, de tout l'élan de notre cœur et de toute l'énergie de notre volonté. Car en nous relâchant dans les petites choses, nous tomberions peu à peu dans les grandes. Les imperfections volontaires nous empêchent de parvenir à cette sainte

liberté d'esprit et à cette belle pureté de cœur qui facilitent les communications du Saint-Esprit. Nous avons tant fait d'outrages et tant causé de déplaisirs à notre Dieu; tant d'hommes continuent à l'abreuver d'amertume que nous ne saurions trop nous appliquer à réjouir son cœur en lui donnant tout le nôtre. Le paradis que nous espérons vaut bien la peine des plus grands efforts ; quelles que soientnos austérités et nos souffrances, l'éternité bienheureuse nous sera toujoursdonnée pour bien peudechose.Etle sangdeJésus- Christ, que ne lui devons-nous pas de zèle et de courage ? Saint François Xavier disait : « N'épargnons pas pour Dieu tout ce qui vaut moins que le sang d'un Dieu. » Dieu est si grand, si aimable, si bienfaisant, si généreux et si compatissant envers nous et il nous promet, en se promettant lui-même, une si magnifique récompense, que nous serions fous et ingrats de ne pas agir pour le servir, pour lui plaire et pour ie posséder éternellement. Répétons-nous, comme un refrain de salut et comme un aiguillon de travail, ces paroles qui ont servi d'épigraphe à cet ouvrage et par lesquelles nous le finissons : « Il nous faut agir, pendant qu'il est jour ; la nuit viendra où personne n'opérera plus. »

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