CHAPITRE XIV. — DE L'EXAMEN DE CONSCIENCE
notre petite vie, comme notre vie entière n'est qu'une grande journée.
Afin donc de nous mettre au lit comme dans un tombeau, (S. Bern. Doctr. vit. relig.) il sera bon de former quelque pensée de la mort, sans effort toutefois, en vous -représentant votre fin prochaine ou celle de vos amis disparus, en priant Dieu pour les pauvres aines qui sont en purgatoire sur un lit plus dur que le vôtre, en disant un De profanais à leur intention.
Entre l'exercice du soir et le coucher, ne faites rien, à moins que vous ne lisiez quelque passage d'un bon livre pour l'oraison du lendemain ou pour l'entretien que vous voudrez prendre en vous endormant, selon l'avis de saint Bernard. «Etant sur le point, dit-il, de prendre votre repos, ayez toujours une sainte pensée dans votre mémoire, une pensée dans laquelle vous vous endormiez, qui vous occasionne même de bons rêves et qui vous reprenne à votre réveil. Ainsi la nuit vous sera aussi claire que le jour, ainsi vous sera-t-elle comme un jour délicieux. Vous dormirez doucement, vous reposerez tranquillement, vous vous éveillerez gaîment, vous vous lèverez facilement et, une fois levé, vous ferez sans peine vos exercices spirituels à peine interrompus pendant votre sommeil. » (S. Bern. ad Fratr. de monte Dei.)
Je n'ai pas grand'chose cà ajouter cà de telles paroles. Unissez votre sommeil à celui du Verbe incarné sur la terre ; au moment d'entrer au lit, prenez de l'eau bénite avec laquelle je vous conseille de tracer sur votre chevet ou sur votre cœur les trois lettres for-
niant le monogramme latin de Jésus sauveur des hommes, /. H. S,, Jésus hominum salvator. Cette pieuse pratique éloigne la mort subite et préserve des illusions de la nuit, comme Jésus-Christ l'a révélé à saint Edmond.
Arrangez-vous honnêtement sur votre lit et, vous couchant de côté, couvrez-vous de façon à témoigner de votre respect pour les yeux de Dieu et de votre ange gardien et aussi du respect que vous avez pour vous-même. Usez du sommeil comme moyen de réparer les forces d'un corps fatigué et non comme plaisir de sensualité. Dressez bien votre intention à cet égard et préférez un lit dur et un sommeil court. N'empêchez cependant pas le repos dont vous avez besoin et abandonnez-vous corps et âme à la volonté du Seigneur et entre les bras de votre Sauveur. Souvenez-vous de lui, si vous vous réveillez, pensez alors ou à sa passion ou à votre dernière lecture et proposez-vous de le mieux servir que parle passé.
Etes -vous assailli de quelque tentation, prenez les armes que vous donne le pieux Thomas à Kempis dans ce passage d'un de ses livres : « Si quelque mauvaise pensée se présente à votre esprit ou si quelque passion vous émeut et agite votre repos, recourez à la prière, faites le signe de la croix, opposez à l'ennemi les fouets, la couronne d'épines, la lance et toutes les armes du crucifix devant la vertu duquel le malin esprit ne saurait tenir, pas plus que sa tentation. Employez-y encore le souvenir du feu éternel, des supplices de nos martyrs, de la constance de nos confes-