‹ La journée pieuse ou instructions pratiques pour sanctifier chaque jour par les exercices de la vie chrétienneChapitre 29 sur 233 · CHAPITRE I. — INSTRUCTION GÉNÉRALE, ETC · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. — INSTRUCTION GÉNÉRALE, ETC

que vous me dites. » Ecoutez maintenant un esprit tout céleste sous de pauvres baillons. Le mendiant s'expliqua de la manière suivante : «Vous me souhaitiez un bon jour, mon maître, et je vous ai répondu que je n'en avais pas encore eu de mauvais. En effet, quand je suis pressé de la faim, je loue Dieu ; si je souffre du froid, si la grêle, si la neige, si la pluie tombe, si le temps est troublé, je loue encore Dieu ; si je suis misérable et méprisé, je loue toujours Dieu. Il n'a donc jamais pu me survenir une triste journée. Vous me souhaitiez d'être heureux et fortuné et je vous 'ai répondu que je n'avais point connu le malheur et l'infortune, ayant appris à vivre avec Dieu et étant certain que tout ce qu'il fait ne saurait être qu'excellent. C'est pourquoi tout ce que Dieu m'a envoyé ou a permis à mon égard, que ce fût agréable ou contraire, doux ou amer, je l'ai reçu gaiement comme très-bon ; ce qui a fait que je ne me suis jamais senti infortuné. Vous me désiriez du bonheur, et je vous ai dit n'avoir pas eu de malheur . en ma vie ; car j'ai résolu de m'attacher à la volonté divine dans laquelle j'ai entièrement transporté la mienne, de manière que tout ce qu'il veut, je le veux, et que je lui ai résigné toute ma volonté. »

Mais voici encore une plus sublime philosophie chrétienne.

Après ce discours du mendiant, le docteur se remit à l'interroger en ces termes : « Que diriez-vous, si la souveraine Majesté voulait vous jeter dans les abîmes? — Me jeter dans les abîmes! -s'écria le pauvre

étonné. Ah! si mon Seigneur faisait cela, j'ai deux bras avec lesquels je l'étreindrais : l'un est la vraie humilité, et celui-là je le mets au-dessous de lui pour me tenir attaché et uni à sa très-sainte humanité; l'autre bras, qui est le droit, c'est l'amour qui me tient uni à sa divinité, et de celui-ci je l'enlacerais si fort qu'il serait contraint de descendre avec moi au gouffre infernal. Or il me serait plus désirable d'être avec lui dans les enfers que dans le ciel même sans lqi. » Le théologien en conclut que la vraie résignation avec l'humilité est un sentier abrégé pour aller à Dieu. Mais voici le haut point de la sagesse et de la spiritualité. L'homme érudit continuant de raisonner avec le mendiant lui demanda d'où il venait. Celui-ci répondit qu'il venait de Dieu. « Et où l'avez vous trouvé? — Je l'ai trouvé là où j'ai laissé toutes les créatures. — Et où donc avez-vous laissé Dieu? — Dans les cœurs purs et dans les hommes de bonne volonté. — Qui êtes- vous? ajouta le docteur. — Je suis roi, dit le pauvre. — Où est votre royaume? — Mon royaume est en mon âme. Je sais gouverner mes sens intérieurs et extérieurs de telle sorte que toutes les affections et toutes les puissances de mon âme me sont soumises; c'est un royaume assurément et un royaume supérieur à tous ceux de ce monde. » Le maître lui fit cette dernière question : « Qui est-ce qui vous a conduit à une perfection si éminente ? — C'est mon silence, mes méditations et mon union avec Dieu. Je n'ai pu me reposer en aucune chose qui fût moindre que Dieu; mais à pré-

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