CHAPITRE I. — INSTRUCTION GÉNÉRALE, ETC
donne à moi. En effet, la lumière dont nos yeux sont charmés a existé dans la création, durant trois jours, sans être attachée au globe du soleil, et Dieu n'a orné celui-ci de ses beaux rayons qu'au quatrième jour, comme s'il eût voulu nous faire voir qu'il n'a nul besoin du soleil pour éclairer et qu'il fait ce qu'il veut sans dépendre des causes secondes. En conséquence, ne bornant pas nos pensées à l'étroit horizon qui suffit à nos sens, remontons toujours jusque-là, jusqu'à cette cause indépendante et souveraine sans laquelle les causes secondes, prochaines et immédiates n'auraient ni pouvoir, ni action.
Joseph, vice-roi d'Egypte, l'entendait bien ainsi, lorsqu'il reçut ses frères et leur dit, les larmes aux yeux : « Savez-vous, mes frères, que c'est la main de Dieu qui a conduit toute l'affaire? Pouvons- nous résister à sa volonté ? Vous m'avez vendu; mais c'était Dieu qui voulait ici se servir de moi ; vous avez pensé à faire un mal, il a tourné tout en bien : » (G-en. 30.) C'était remonter à la cause suprême et infaillible. « Il n'y a point, dit saint Augustin, de créature si basse, si méprisable, si méchante qui ne serve pour le dessein de Dieu, qu'elle le veuille ou ne le veuille pas. »
David ne l'entendait pas moins bien, lui qui prenait avec tant de soumission et comme des ordres de Dieu, les insolents affronts et les injures atroces de Sémëi, ainsi que la rébellion de son fils dénaturé ; lui qui ensuite s'écriait avec une humilité qui ravissait le cœur de Dieu même : « Si Dieu a pitié de moi, j'aurai lacon- BOlatioo de revoir son temple et son arche sacrée.
S'il me dit : Tu ne me plais pas, je favorise plutôt ton ennemi, je suis prêt; qu'il fasse de moi tout ce qui lui semblera bon. » (2 Reg. 15.)
Voilà un grand point et le plus haut degré de vertu de ce cœur qui était selon le cœur de Dieu.
Taulère, prédicateur illustre du XIVe siècle, rapporte un colloque admirable d'un théologien avec un pauvre mendiant, qui a été à plusieurs d'un grand secours pour la pratique d'une absolue conformité à la volonté de Dieu. Il y eut autrefois, dit Taulère, un théologien des plus éminents qui pendant huitansde prières continuelles avait demandé à Dieu cette grâce de lui faire trouver quelqu'un de qui il pût apprendre le chemin de la vérité. Un jour qu'il se sentait plus que jamais pressé du même désir, une voix venue du ciel lui parla en ces termes : Allez à la porte de l'église et vous trouverez là un homme qui vous enseignera la voie de la vérité. Sortant donc de chez lui, il rencontra un mendiant couvert d'ignobles habits et d'un aspect repoussant. « Bonjour, mon ami, lui dit-il en s' approchant de lui. — Je ne me souviens pas d'avoir jamais passé un mauvais jour », fut la réponse du pauvre. Le docteur ajouta: « Ehquoidonc? Je prie Dieu qu'il vousfasse heureux, pourquoi me répondez-vous de la sorte ? — Moi! je n'ai jamais été malheureux », répliqua le mendiant. — Allons, mon ami, je vous souhaite bonheur et fortune, à quoi tendent vos paroles ? — Jamais, répartit celui-ci, je n'ai connu l'infortune. — Dieu vous garde ! poursuivit le théologien. Mais parlezmoi plus ouvertement; car je ne comprends pas ce