‹ La journée pieuse ou instructions pratiques pour sanctifier chaque jour par les exercices de la vie chrétienneChapitre 32 sur 233 · CHAPITRE II. — DU RÉVEIL ET DU LEVER · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. — DU RÉVEIL ET DU LEVER

tout-puissant et de lui donner la fermeté, l'éclat, l'action, le mouvement, la vie, le sentiment, la raison et mille grâces. Oh! comme il ouvrit une première fois vers son créateur ses yeux pour le reconnaître , et ses lèvres pour le louer ! Comme il étendit les mains vers lui pour l'adorer ! et, surtout, comme il employa tout son esprit et toutes ses puissances pour l'aimer et lui consacrer les prémices de toutes ses affections !

Quand vous vous éveillez, vous allez commencer de vivre ; un moment auparavant, semblable à une statue, vous dormiez sans action, ni sentiment, ni raison, sans vue, ni parole, et sans l'usage de vos facultés : en un mot, comme dit Clément d'Alexandrie : « Vous n'étiez compté pour rien, pas plus qu'un mort. » (Clem. Alex. 1. 2, Pedag. c. 9.) Vous vous levez libre et vivant, vous ouvrez les yeux, vous remuez la langue, les mains, tous les membres, et vous agissez d'esprit; il est donc bien juste et bien raisonnable, en ce premier moment de vos vingt- quatre heures journalières , d'offrir à Dieu les prémices de tout cela et de lui adresser du meilleur de votre cœur vos premières pensées les plus pures, vos premières paroles et vos premières actions. « Il est bien juste, dit Phiion Juif," que les premiers mouvements de l'Ame soient consacrés à Dieu ou par leur force instinctive, ou en vertu de l'ordre établi. » (Philo lib. de Sacrif. Abel et Cain.) « Ne sais-tu pas, dit saint Ambroise, ne sais-tu pas, ù homme, que tu dois tous les jours à Dieu les prémices de ton cœur et de ta voix ? » (Ambr., Serm. 19, in Ps.

118, n° 4.) C'est une chose bien remarquable et un sujet de confusion pour les chrétiens et les religieux, que les anciens sages, comme les mages dans Hérodote, Ulysse dans Homère, Platon et Démosthènedans Cicéron , et , sans parler d'autres philosophes , les poètes mêmes, comme Aratus, Théocrite, Virgile et Apollonius, ont enseigné et pratiqué cette maxime de commencer leur journée et toutes leurs actions par l'invocation de leurs dieux. Eh quoi! âmes religieuses, des païens nous feraient la leçon et le vrai Dieu n'obtiendrait pas de nous, chrétiens, ce qu'ils donnaient à leurs idoles? Apportons-y donc un soin très-particulier et offrons pieusement nos prémices à l'auteur de tout bien. Ecoutons saint Ephrem nous avertissant que, « si nous faisons marcher l'oraison avant nos autres actions et que, nous levant du lit, nous commencions par l'oraison, les principes de nos premiers mouvements fermeront l'entrée du péché dans notre âme. » (S. Eph., t. 2, Serm. de orando Deo.) Voilà, certes, un moyen bien naturel et bien facile de nous garantir du péché ; voilà donc un bien grand avantage , c'est de donner à Dieu nos premières pensées, nos premiers sentiments. Venons -en à la pratique.

ARTICLE i.

De la manière de consacrer à Dieu les prémices de la journée.

Aussitôt que vous serez éveillé, secouez résolument de votre mémoire toutes les images, tous les songes

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