CHAPITRE II. — DU RÉVEIL ET DU LEVER
dont votre esprit aurait pu être agité durant le repos. Brisez en ce moment toutes les vaines pensées qui seraient restées en votre imagination et qui reviendraient vous distraire. Fermez -leur tout accès et n'écoutez aucun des prétextes que le démon vous suggérera pour vous y occuper et vous en embarrasser : vous devez à Dieu la première pensée du jour ; ne laissez pas l'esprit malin la lui ravir et traverser vos aspirations.
Ce que je dis de la pensée, je l'entends aussi des premières actions et des premières paroles; car nous ne les devons pas moins à Dieu, et l'ennemi ne met pas moins d'attention à les lui disputer. Nous chantons dans une hymne de matines : « Que notre langue, Seigneur, vous loue le premier, que l'ardeur de notre esprit vous recherche, afin que, ô Dieu saint, vous soyez le principe des actions qui suivront. » (Hym. fer. 2, ad matut.) Cassien fait un chapitre entier sous ce titre : « Comment nous devons offrir nos prémices au Seigneur, » et il y montre quel soin les âmes fidèles doivent apporter à l'accomplissement de ce devoir, lorsqu'elles sortent du sommeil, comme de la mort dont il est l'image. « Dans cette image de la résurrection journalière , dit-il, ces âmes invoquent Dieu par le premier mouvement de leur langue et de leurs lèvres ; après le premier sacrifice de leur bouche, elles lui font le premier hommage de leurs mains et de leurs pieds, en ce que, à peine sorties du lit, elles se mettent en oraison. Avant que d'employer les membres de leur corps à aucune des choses qud les con-
cernent, elles portent leurs pas en son honneur et les arrêtent à sa louange et elles paient ainsi les prémices de tous leurs mouvements, en étendant les mains, en fléchissant les genoux et en prosternant tout leur corps. » (Cass. Col. 23, c. 2G.)
Cassien ajoute que c'est là le moyen d'accomplir ce que dit le Psalmiste. « Je vous ai prévenu de bonne heure par mes cris, et mes yeux vous ont prévenu dès le matin pour méditer vos oracles. » Et dans un autre endroit : « Le matin mon oraison vous préviendra. » Qui est celui que le prophète peut prévenir, qui est celui que nous devons prévenir, sinon nous-mêmes, c'est-à-dire nos occupations, nos affections, nos soins humains ou encore les suggestions très-subtiles que l'ennemi tâche de glisser en nous par les fantômes des vains songes, pendant qu'il nous voit plongés dans le sommeil. C'est le stratagème dont il use pour en occuper notre esprit après notre réveil et par ce moyen cueillir le premier la plus belle fleur et le meilleur de nos prémices; il espèrequ'étant ainsi avilies, Dieu les réprouvera comme indignes de sa majesté qui est jalouse des premières offrandes de notre journée, celles-ci ayant quelque chose de plus pur et de virginal. Saint Jean Climaque nous avertit en son Echelle du paradis qu'il y a un malin esprit qui est appelé précurseur, mais un précurseur qui attend, pour nous surprendre, quand nous nous éveillerons, et qui s'efforce de gâter notre première pensée. Et, nous donnant aussitôt le bouclier qui doit parer ce coup, le saint docteur ajoute :