DE LA MÉDITATION
Vous savez qu'il y a deux sortes d'oraison, l'une qui se fait d'esprit sans parler, l'autre qui se fait à la fois de bouche et d'esprit. La première est l'oraison mentale pure, la seconde est l'oraison vocale mêlée; je dis mêlée, car l'oraison uniquement vocale, c'est-à-dire sans application d'esprit, quoiqu'elle soit la plus en usage parmi le commun des hommes, tient pourtant aussi peu de la vraie oraison, que le babil du perroquet tient peu du langage humain.
La seule oraison vocale, digne du nom d'oraison, suppose l'absence des distractions volontaires et l'attention d'un esprit réfléchi.
Bien plus parfaite cependant est l'oraison mentale qui, étant une opération entièrement intellectuelle, pénètre le fond d'une âme de lumières et de vérités, de bons mouvements et de saintes affections.
Ces deux sortes d'oraison sont exprimées par le trèspieux roi Ezéchias, quand il dit on son cantique : « Je
crierai comme le petit de l'hirondelle et je méditerai comme la colombe. »
« Je méditerai, dit le saint roi, comme le petit de l'hirondelle qui ouvre le bec, quand il crie pour révéler ses besoins; et je méditerai comme la colombe qui gémit en elle-même tenant son bec fermé. » (Is. 38.)
L'oraison vocale est d'obligation dans les offices divins et lorsque nous accomplissons les pénitences qui nous sont imposées par notre confesseur, ou qui résultent d'un vœu que nous aurions fait ; il faut en pareil cas nécessairement ouvrir la bouche et prononcer les paroles de manière à nous entendre nousmêmes.
Nous avons suffisamment parlé ailleurs de l'office divin et par conséquent de l'oraison vocale1; nous allons traiter maintenant de l'oraison mentale ou méditation qui est en pratique dans toutes les maisons religieuses et parmi les âmes dévotes.
SECTION I
DES AVANTAGES ET DES FRUITS DE l/ORAISON.
Quoique les anciens Pères religieux des premiers siècles employassent une grande partie du jour et de la nuit à la psalmodie, ils ne donnaient pas moins de temps aux exercices de l'oraison mentale et de la contemplation. Saint Antoine qui se mettait le soir
1 Voir la Journée Religieuse, t. I, ch. 3.