CHAPITRE III. — DE LA MÉDITATION
en méditation, tournant le dos au soleil couchant, se plaignait le lendemain de ce que cet astre venait trop •vite lui donuer dans les yeux et avait plutôt achevé sa course nocturne que lui, son oraison.
Saint Sylvain revenant à lui-même après ses longues et profondes contemplations , ne daignait pas ouvrir les yeux du corps, ayant vu des yeux de l'esprit les ineffables merveilles de l'autre monde : « Fermezvous, fermez -vous, mes yeux, disait ce grand contemplatif, il n'y a plus en ce monde d'objet agréable à voir. » (S. Sylvan. Ab.)
Le bienheureux Isaac passait volontiers trois jours eontinus en oraison, comme le rapporte saint Grégoire en ses dialogues. (S. Grég. 1. 3, Dlal. c, 14.)
Ne cherchons pas inutilement des exemples dont le nombre serait infini ; nul n'ignore que méditer était la commune pratique des Pères et de tous les anciens religieux ; nul n'ignore que tous les Saints firent de la méditation leur nourriture habituelle et leurs plus chères délices, et qu'enfin la méditation est familière à toutes les âmes qui veulent se sanctifier et assurer leur salut. Nous allons en développer les raisons.
ARTICLE i.
De la nécessité absolue de l'Oraison en général.
Nous ne saurions jamais alléguer assez de motifs pour vous encourager à ce saint exercice et vous donner l'habitude de vous entretenir avec le créateur. Je croirais donc avoir beaucoup gagné, si je pouvais
obliger votre volonté à s'y résoudre; cary étant résolue, elle s'y appliquera, et s'y appliquant, elle en découvrira les méthodes les plus parfaites; l'exercice de la méditation a, en effet, la vertu de rendre maîtres par l'usage ceux qui n'y étaient qu'apprentis.
Un premier motif qui comprend tous les autres, et forme un argument péremptoire, c'est que l'oraison est absolument nécessaire non-seulement de nécessité de précepte, mais encore de nécessité de moyen, suivant le langage de la théologie.
Pour le précepte, l'Esprit -Saint l'a donné tant de fois en ses sacrés oracles qu'il serait superflu d'y insister ici. Jésus-Christ n'a-t-il pas dit : « Il faut toujours prier? » (Luc, 18.)I1 faut; ce mot, remarque saint Jean Chrysostôme , emporte obligation , nécessité. Jésus -Christ n'a-t-il pas dit ailleurs : « Veillez et priez ; car vous ne savez quand sera le temps de ma venue, ni à votre mort, ni à mon jugement ? » (Marc, 13.) Et son organe le plus sublime, son vase d'élection, saint Paul n'écrivait-il pas aux Thessaloniciens : « Réjouissez-vous toujours, priez sans interruption; rendez grâces en toutes choses; car telle est la volonté de Dieu? » (1 Thés., 1.) C'est donc un commandement formel, un ordre positif; et y manquer serait transgresser la loi de Dieu, et par conséquent se mettre hors des voies de la justification.
Mais , outre l'obligation résultant du précepte de Dieu, l'oraison est nécessaire de nécessité de moyen, c'est-à-dire qu'elle est un moyen de salut indispensable à tous ceux qui sont en Age de le pratiquer.