CHAPITRE III. — DE LA MÉDITATION
mais tout cela est léger à quiconque médite les flammes éternelles; et, en outre, la pensée des ténèbres extérieures fait qu'on n'abhorre point la solitude. Si tu considères le compte qu'il nous faudra rendre à Dieu de chaque parole oiseuse, le silence ne te déplaira pas beaucoup; les pleurs sans fni'et l'éternel grincement de dents des réprouvés, envisagés par l'oraison, feront de ta couche de nattes un lit de plumes. » (S. Bern. Ep. \,abRob.) «L'esprit méditatif, a dit saint Augustin, est le principe de tout bien. » Car, en quelque état que se trouve une personne, la méditation lui est très-nécessaire et infiniment avantageuse. Si elle commence, la méditation est le lait des enfants ; si elle est grande et saine, c'est la viande substantielle ; si elle est malade, c'est son remède ; si elle est tachée, c'est son miroir ; si elle est tentée, c'est son bouclier ; si elle est sainte, la méditation la conduira à une plus haute sainteté et jusqu'à la porte même du cœur de Dieu. La méditation est cette noble et meilleure part de Marie qui ne lui sera jamais ôtée ; en un mot, il faut conclure avec saint Jean Chrysostôme : « Qu'il est absolument impossible, sans le secours de l'oraison, d'avoir de la vertu et de passer vertueusement le cours de la vie. » (Chrys. 1. 1, de Orando Deo.)
N'abandonnez donc pas l'oraison et ne vous en dispensez sous aucun prétexte. Car, comme un artisan n'est jamais obligé pour payer ses dettes de vendre les outils sans lesquels il ne peut gagner sa vie, attendu que sa première dette et sa première obligation est de vivre, ainsi ne devez-vous jamais vous dessaisir de
cet instrument de tout bien qui s'appelle l'oraison, et cela, pour quelques occupations que vous ayez, même les plus saintes et les plus utiles au prochain. Si vous quittez l'oraison, vous ne serez plus bon à rien, ni pour vous, ni pour autrui. Le séraphique saint François qui avait cependant soif du salut des âmes, ne quittait jamais la méditation pour prêcher et convertir; à combien plus forte raison devez-vous la préférer à tous les entretiens humains, à toutes vos inclinations, à tous vos divertissements ! Excitez en votre cœur et nourrissez toujours un désir ardent de ce noble exercice et continuez-le avec un soin tout particulier, comme la condition essentielle de votre salut, de votre avancement et de votre persévérance.
SECTION II