‹ La journée pieuse ou instructions pratiques pour sanctifier chaque jour par les exercices de la vie chrétienneChapitre 53 sur 233 · CHAPITRE III. — DE LA MÉDITATION · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. — DE LA MÉDITATION

la paix ou la guerre, sur la cession d'une province, 'sur quelque ambassade royale. Quand ces hauts dignitaires rentrent chez eux et qu'on leur fait part des petites affaires domestiques, dont l'importance se borne à. un champ, à une récolte, à une provision de fruits, à peine daignent -ils y prêter l'oreille ; ce ne sont plus là que des minuties sans nom pour leur esprit occupé en de plus vastes desseins et attentif à de plus grands objets. Il en sera de même de vous, quand, par la méditation fréquente, vous examinerez sérieusement avec Dieu la grande et importante question du royaume céleste et des biens éternels, ou la question de la guerre et des combats que vous avez à soutenir contre d'invisibles ennemis. Ayant une fois jeté les yeux sur des choses de si haute portée, vous dédaignerez et mépriserez toutes les futilités qui agitent le monde. Vous direz après David : « Qu'y a-t-il en terre, qu'y a-t il au ciel qui soit digne de mon cœur, sinon vous, Dieu de mon cœur même et mon unique partage pour l'éternité? » (Ps. 72.) Vous dédaignerez, comme saint Augustin et sainte Monique, toutes les choses d'ici-bas, en inéditant celles de làhaut. (S. Aug. lib. 9. Conf.) Gomme saint Benoît, vous trouverez le monde petit en contemplant les grandeurs de Dieu sous un rayon de sa lumière. Le succès d'une entreprise ne vous enflera pas et l'insuccès ne vous causera nulle tristesse.

La méditation est le moyen de devenir vraiment spirituel et de parvenir à une véritable tranquillité de conscience, à une parfaite santé de l'âme, à cet heu-

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reux état de fermeté qui fait, comme disait le philosophe, un homme carré, c'est-à-dire stable dans la vertu. (Àiïst. 1. 1, Mor.) Voilà enfin le moyen d'acquérir toutes les vertus. « Il n'y a rien, en effet, dit saint Jean Chrysostôme, qui nous fasse autant croître en vertu, que de converser toujours avec Dieu et de le louer sans cesse. » (S. Chrys. in Ps. 7.)

Quelle est la vertu que vous ne puissiez obtenir, ou maintenir, ou accroître par la méditation? Prenez la foi, vous en produirez les actes en méditant ; l'espérance, vous méditerez ce qui vous est promis ; la charité, vous contemplerez les bontés ravissantes de ce Dieu uniquement aimable; l'humilité, vous réfléchirez sur vos misères, et ainsi des autres vertus. Si vous voulez encore être parfait et carrément établi dans la possession des quatre vertus cardinales, demandez-en le secret et la force à la méditation. Vous ne serez jamais prudent, si vous ne prévoyez ce que vous avez à faire; ni juste, si vous ne considérez avec David les justifications delà loi de Dieu ; ni tempérant si la vue réfléchie des jugements de Dieu ne vous met la bride et la retenue de la sainte crainte ; ni fort, si vous n'affermissez votre esprit par l'espérance des secours du ciel et par l'attente du ciel môme et des vrais biens éternels. Or tout cela se fait par l'oraison, de la manière que l'expliquait saint Bernard à son neveu Robert qui appréhendait les austérités de la vie monastique. Le saint, dis-je, lui conseillait d'assaisonner toutes ses rigueurs du doux sucre de la méditation : « Tu crains, lui écrivait-il, les veilles, les jeûnes et le travail des mains,

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