CHAPITRE III. — DE LA MÉDITATION
les dispositions qu'il vous faut y apporter pour en goûter les précieux avantages. Gassien s'explique à ce sujet beaucoup mieux que je ne saurais le faire, et j'aime mieux vous donner ses paroles que les miennes. « En premier lieu, dit-il, il faut déposer généralement toute inquiétude des choses sensibles et charnelles; ensuite, ne pas seulement rejeter la préoccupation, mais jusqu'au souvenir de toute autre affaire et de tout autre intérêt; il faut également isoler son cœur de toute espèce de médisances, de discours vains ou malséants; éviter surtout les agitations de la colère et de la tristesse; déraciner totalement ce qui fomente la concupiscence de la chair et le mauvais amour des biens temporels. Ainsi purgé, ajoute Cassien, et ainsi délivré de tout vice par une véritable simplicité d'innocence, vous aurez jeté de profonds et inébranlables fondements d'humilité qui seront en état cle supporter la tour de votre perfection et sur lesquels vous pourrez élever l'édifice de vos vertus; votre esprit une fois arraché à toute cause de divagations et de vains circuits dans les objets du dehors, il vous sera possible de monter jusqu'à la contemplation de Dieu et aux plus pures opérations de l'esprit intérieur. » (Cass. Collât. 9, c. 2.)
Après avoir ainsi posé pour fondement de la bonne oraison mentale la pureté de conscience et l'éloignement du péché, Cassien en donne des motifs péremptoires et poursuit en ces termes : « Tout ce que notre esprit aura conçu avant l'heure de l'oraison se représentera à nous pendant l'oraison. Tandis que nous
sommes prosternés devant Dieu, il nous revient la pensée de nos actions, de nos paroles et de nos mouvements; notre silence extérieur peut être alors troublé par l'écho de nos soucis et de nos affaires. Si donc nous voulons que les choses étrangères ne se glissent pas dans notre méditation, rejetons-les bien loin avant l'heure de l'oraison. »
Il s'ensuit que la tranquillité d'esprit nécessaire à une bonne oraison a pour condition préalable la pureté de cœur. Non , l'âme impure et criminelle n'a aucune aptitude, aucune capacité pour approcher de Dieu et pour entrer dans les choses divines, elle ne peut en cet état de péché appeler ni recevoir en elle l'auteur de toute sainteté. « J'admire, disait saint Bernard, l'impudence de quelques-uns d'entre nous qui, après nous avoir troublés par leur singularité, irrités par leur impatience et méprisés par leur opiniâtreté et leur révolte, ont encore la hardiesse de venir en leurs prières inviter le Seigneur de toute pureté à descendre en leur cœur qui devrait être une couche ornée de fleurs et qui ne respire que l'infection du péché. » (Serm. 46, m Cant.) Purifions donc soigneusement notre conscience et chassons-en tous les péchés mortels ou véniels. Voyez par exemples si vous n'êtes point attaché à quelque personne d'une amitié moins droite et moins pure que vous ne devriez, selon l'Esprit de Dieu; si vous êtes colère, ou sensuel et ami de vos aises, ou si vous commettez facilement les fautes légères non par surprise, mais par affection ; si vous êtes habitué à donner la liberté à vos sens, comme à vos