CHAPITRE III. — DE LA MÉDITATION'. KM
yeux, à vos oreilles, parce que vous êtes curieux et impatient de toute sorte d'objets ; si vous vous ressouv. nez des injures faites h votre amour-propre; ou si un faux zèle qui vous émeut trop vivement au sujet des vices d'autrui en laisse dans votre âme une sorte d'aigreur et d'irascibilité.
Accoutumez-vous à vivre purement et saintement; bannissez de votre cœur les mauvaises pensées et aussi les pensées frivoles et inutiles dont la pureté de l'âme est blessée, dit saint Vincent Ferrier. Chassez bien loin tous les mauvais desseins et, pour cela, travaillez soigneusement à les reconnaître; car souvent sous ombre de bien ils se cachent et vous trompent. Ante oralionem prœpara animam tuam.
ARTICLE II
Que la mortification des passions et la répression des mauvaises habitudes est nécessaire pour l'exercice de l'oraison.
Après la purgation des péchés, il faut travailler à rompre les mauvaises habitudes qui en sont les causes et les effets tout ensemble. « Il en est de l'œil de notre âme, dit saint Bernard, (Serm. 5, de Assumptione), comme de celui de notre corps dont la fonction est empêchée par trois choses ; à savoir par les ténèbres, par quelque humeur accumulée sur l'organe et par la poussière. Trois choses semblables empêchent aussi la vue de notre esprit et la
j()-2 LA JOT RNÈE PIEUSE.
contemplation des choses divines. » Ce sont les péchés , œuvres de ténèbres ; les habitudes produites par les péchés mêmes qu'elles reproduisent à leur tour, ces habitudes étant comme du sang ou de l'humeur amassée sur l'œil de l'âme; le soin des choses créées, vile poussière qui nous empêche de bien voir et de voir juste. Etes-vous libre du premier obstacle, et Dieu vous a-t-il fait la grâce d'être affranchi de tout péché, même des péchés véniels volontaires, la grâce de travailler tous les jours pour accomplir l'expiation que vous en devez à sa justice, attaquez maintenant vos mauvaises habitudes par des actes contraires et mortifiez vos passions; car vous ne ferez jamais sans cela rien qui vaille à l'oraison.
Voilà le plus grand et le plus ordinaire empêchement des âmes qui, passant pour dévotes, n'entendent rien à la méditation et n'y font pas de profit : les unes sont trop portées à leurs plaisirs ou trop préoccupées du soin de leur sauté; les autres sont trop attachées à leur sens, à leurs opinions, à leur propre volonté, ou mettent trop d'ardeur et de précipitation en ce qu'elles font ; un grand nombre se plaisent trop à elles-mêmes. Examinez si, vous aussi, vous ne vous conduisez point par des motifs de vanité et de propre estime et si vous n'êtes pas touché parfois du désir de la gloire et de la louange humaine. Vous proposezvous en toutes choses l'honneur de Dieu?
Il faut mortifier et corriger tout cela et déraciner ces fâcheuses inclinations également opposées à la raison