CHAPITRE III. — DE LA MÉDITATION
jamais moudre le mauvais grain de raisonnements inutiles ou dangereux. « La lecture et l'oraison, dit un savant évêque, ont une telle connexité que la lecture alimente l'oraison et que l'oraison éclaire la lecture. (Guillaume de Paris. Ep. rhet. div., c. 5.)
L'ardent amour de l'oraison est aussi une des plus nécessaires dispositions à l'oraison ; car l'amour d'une chose désirée excite à en poursuivre l'acquisition et dissimule si bien le travail qu'on ne le sent plus. Ubi amando laboratur labor amalur. « Quand on travaille en aimant on aime le travail », a dit saint Augustin.
Ajoutez-y la demande fervente et persévérante d'une chose si élevée et si utile ; aussi bien l'oraison est un don de Dieu et il ne vous exaucera qu'autant que vous serez comme Daniel, « homme de désirs. » (Dan. 9.)
Il vous faut encore, outre la pratique d'une vie austère et mortifiée, une très-grande humilité qui vous persuade que vous ne méritez pas la chose que vous demandez. On n'obtient de Dieu que ce qu'on s'estime indigne d'en obtenir ; car « c'est aux humbles que Dieu révèle ses mystères. » Revelasti ea parvulis. (Matth. 11.)
ARTICLE IV
Des dispositions plus prochaines à la méditation.
Ce n'était pas assez pour le grand-prêtre Aaron de s'être dépouillé de ses habits communs etrevêtu des
habits sacrés, il devait encore allumer le feu des parfums et embaumer tant ses habits que sa personne, avant de soulever le voile du Sakit des saints et d'y entrer en communication avec Dieu. De même, toujours suivant la comparaison deRichard de saint Victor, l'âme dépouillée de vices et ornée de vertus doit, avant d'approcher davantage de Dieu, allumer le feu de ses désirs de dévotion et d'amour par quelques petites réflexions et par des mouvements actuels de piété qui l'embaumeront d'une très-agréable odeur.
Votre âme embaumée du parfum sacré de ces actes de vertu pourra entrer et se voir admise dans le sanctuaire, pour y traiter avec Dieu. Elle y sera favorablement reçue, comme Jacob le fut de son père Isaac. Docile aux conseils deRébecca, sa mère, il avait parfumé ses habits; Marie, votre mère, vous donne le même conseil, suivez-le, et le Père céleste vous bénissant dira aussi de vous : «. Voilà l'odeur de mon fils, c'est rôdeur d'un champ couvert de fleurs; le Seigneur l'a béni. » (Gen., 27.) Or, pour recueillir et concentrer en peu de mots faciles à retenir le principal de ce que nous avons dit et que vous répandrez tout à la fois sur votre âme, au moment de commencer l'oraison, réduisez -le tout, si vous voulez, à ces quatre points. Rendez votre âme :
Humble en sa disposition, à cause de l'excellence d'un exercice qui va l'associer au paradis des saints et au ciel des justes.
Pure en son intention, sans intérêt propre et sans considération personnelle, ne se proposant que de