CHAPITRE III. — DE LA MÉDITATION
parlant au cœur, ne nous repaissons pas les oreilles de mille nouvelles et curiosités ; pour bien traiter avec Dieu, soyons souvent muets avec les hommes; pour bien marcher et opérer dans les voies intérieures, évitons les courses inutiles et les emplois du dehors qui nous séparent de la présence de Dieu.
ARTICLE III
Des vertus qui nous disposent à la sainte méditation.
Richard de Saint-Victor compare une âme qui va s'aboucher avec Dieu dans une profonde oraison au grand prêtre Aaron, quand il entrait selon son office, dans la partie la plus auguste du temple nommée Sancta sanctorum. De même qu'il n'entrait là qu'au milieu des fumées odorantes et à travers un nuage de parfums aromatiques, qu'ainsi, en traitant avec Dieu, notre âme s'entoure d'une fervente dévotion, de suaves désirs et d'affections célestes. Mais auparavant, dit le même auteur, Aaron qui avait à cet usage une provision d'habits sacrés et pontificaux, s'en revêtait chaque fois qu'il allait offrir ses sacrifices. Ainsi l'homme intérieur et méditatif doit être toujours bien préparé et fourni de vertus et de mérites pour offrir dignement, en temps et lieu, le sacrifice de ses oraisons. Après avoir eu soin de vous dépouiller des habits communs de vos péchés, de vos mauvaises habitudes, de vos passions et inclinations déréglées qui empêchent l'accès de Dieu par la méditation, il faut vous
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approvisionner des saintes dispositions qui rendent capable de ce saint exercice. Toutes les vertus y sont nécessaires, mais surtout les suivantes que je vous prie de bien remarquer.
Une des plus nécessaires c'est la fréquente élévation du cœur vers Dieu, même hors de l'oraison; par là, en effet, et sans autre préparation plus formelle, l'âme sera toujours disposée à recevoir les grâces et les lumières du Saint-Esprit et pourra aisément pénétrer l'excellence des divins mystères de notre sainte foi et de la vie de notre Rédempteur.
Si vous conversez, priez et écoutez Dieu parler. Si vous lisez, recevez les paroles de sa bouche. Si vous agissez ou traitez d'affaires, consultez secrètement le Saint-Esprit ; communiquez-vous sans vous dissiper ; prêtez-vous aux choses extérieures, comme dit saint Bernard, mais ne vous y donnez pas. Ne vous dessaisissez pas de vous-même et ne perdez surtout pas de vue celui qui vous est plus intérieur que vousmême. Parlez volontiers des choses saintes et du salut éternel avec affection comme les disciples d'Emmaùs qui, s' animant à parler de leur bon Jésus, l'attirèrent en leur compagnie et se sentirent de plus en plus échauffés par sa divine conversation , disposés de plus en plus à le reconnaître.
Aimez la lecture attentive des livres pieux et spirituels. L'esprit de l'homme, comme disaient les anciens Pères, est un moulin qui broie toute sorte de grains, tels qu'on les lui jette. Jetez-lui donc les bonnes remarques de votre lecture et ne lui laissez