‹ La journée pieuse ou instructions pratiques pour sanctifier chaque jour par les exercices de la vie chrétienneChapitre 65 sur 233 · CHAPITRE III. — DE LA MÉDITATION · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. — DE LA MÉDITATION

jours en offensant la majesté divine, compatissez à la perte d'une aussi excellente créature qu'est l'âme humaine, et gémissant devant l'Epoux céleste, priez-le pour leur conversion et contribuez -y de tous les moyens qui sont en votre pouvoir.

Venant ensuite à réfléchir comment, par une grâce spéciale de Dieu et sans nul mérite de votre part, vous pouvez espérer d'être exempt d'un tel malheur et de l'inimitié du souverain Juge, remerciez-le, bénissez-le avec tous les anges et tous les saints.

Vous voyez qu'ainsi le premier fruit de la méditation consiste dans l'action de notre volonté ; car ce n'est ni l'entendement ni la mémoire qui nous font bons ou mauvais; nous ne sommes pas bons pour avoir pensé et compris des choses bonnes, comme nous ne sommes pas vertueux pour nous être sou-venus des vertus et de leurs actes; nous sommes bons et vertueux, en aimant efficacement et en pratiquant avec le secours de la grâce ce que demandent la bonté et la vertu .

article m.

Qu'il faut être constant dans la méditation.

Si vous ne sentez dans la méditation aucun goût, aucune dévotion, aucune lumière, n'omettez pas pour cela d'employer à méditer le temps qui doit y être consacré. Ne changez même pas de sujet, à moins que ce ne soit pour un autre semblable qui vous paraît plus propre à toucher votre cœur; ruminez celui que

vous avez pris et appliquez-y voire attention, dans l'attente de la grâce du Saint-Esprit. Et lors même qu'en faisant cela, vous n'éprouveriez pas de douceur, ni de saintes ardeurs, ne vous découragez pas et poursuivez vos réflexions en y ajoutant celle-ci, qu'il nous est utile et agréable à Dieu de nous exercer à méditer, même sans plaisir et sans goût. Excitez-vous souvent à vouloir endurer cette peine pour l'amour de Dieu et ne cessez pas avant d'avoir vaincu votre nature sensuelle. Le don de la venue du Saint-Esprit ne s'obtient qu'avec patience et longanimité; il ne nous appartient pas de l'avoir quand nous voulons, et notre directeur n'y peut pas plus que nous, la divine sagesse s'étant réservé l'heure et le moment de cette faveur, pour nous obliger de recourir à elle et de ne rien attendre ni des autres, ni de nous-mêmes. Dieu seul, dit l'Ecriture, (Job, 28.) donne le poids aux vents qui sont si légers; c'est-à-dire, Dieu seul peut affermir l'esprit le plus volage, lui seul peut fondre au soleil de sa grâce l'âme la plus dure et la plus froide. (Cant. 5.) Mais c'est un soleil volontaire qui éclaire et échauffe qui, et quand, et autant qu'il lui plaît.

Peut-être que tout le temps de la méditation se sera écoulé sans vous avoir apporté, à ce qu'il vous semblera, ni grâce, ni lumière. Mais n'en remerciez pas moins le Seigneur de ce qu'il vous a donné la volonté et fait la grâce de vaquer à cet exercice pour l'amour de lui, et pour la croix même que vous y avez soufferte ; demandez-lui pardon des obstacles inhérents à votre propre misère et de l'aridité due à vos péchés. Ne lais-

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