‹ La journée pieuse ou instructions pratiques pour sanctifier chaque jour par les exercices de la vie chrétienneChapitre 64 sur 233 · CHAPITRE III. — DE LA MÉDITATION · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. — DE LA MÉDITATION

Discourez donc ainsi sur la vérité du fait ou du point de doctrine que vous méditez, en le répétant plusieurs fois et de bouche et de cœur, doucement, attentivement, dévotement et humblement, deux, trois, quatre, dix fois et plus, s'il en est besoin, jusqu'à ce qu'il plaise à l'infinie bonté de Notre-Seigneur de vous accorder quelque lumière et quelque bon sentiment.

Que si, après avoir pesé plusieurs fois une vérité, vous ne vous sentez en aucune façon ni éclairé, ni touché, usez de quelques pieuses considérations, afin d'exciter davantage votre volonté, sans toutefois tendre votre imagination et sans trop emprunter des formes ou des images aux choses créées ; craignez ce qui peut vous distraire et ne procédez que de coeur, de raison et d'affection.

Pour aider votre esprit à s'arrêter et à s'étendre sur votre sujet, jetez les yeux sur ce qui en dépend et s'y rapporte. Considérez les causes et les principes dont procède la chose que vous méditez, en retranchant les fausses apparences et les vains prétextes : la vraie fin que Dieu s'y est proposée, à l'exclusion de toute fin étrangère : les effets qui en dérivent, les pertes et les profits qui s'ensuivent : les propriétés et circonstances qui l'accompagnent comme les personnages qui y ont pris part, leur mérite ou leur démérite, leurs dispositions de corps et d'esprit, le lieu, le temps, les moyens, etc. Quelque père spirituel vous fera toucher tout cela au doigt par des exemples, si de vous-même vous ne pouvez en faire l'application et la pratique.

Lorsque vous trouverez de la lumière dans votre méditation, quand ce serait dès le commencement, demeurez-en là et observez à quoi l'Esprit-Saint vous pousse. Vous sentez-vous, par exemple, ému de compassion, inclinez votre volonté à compatir. Si le même Esprit vous attire à quelque chose de plus haut, à considérer, par exemple, la bonté divine, animez-vous à vouloir aimer cette infinie et souveraine bonté; faites ainsi régner en vous la volonté de Dieu, en la suivant fidèlement et exclusivement, d'autant plus que l'attrait divin est le principe d'où doit partir votre impulsion et votre mobile en cette œuvre qui n'est pas œuvre de l'esprit humain. Evitez toutefois la légèreté d'un cœur volage qui sauterait d'une matière à l'autre par caprice et fantaisie. Mais soit qu'une pensée vienne de Dieu directement, soit qu'elle vienne de votre opération, ne manquez point d'en tirer les affections et les résolutions convenables; par exemple, si vous considérez la justice que Dieu a exercée sur plusieurs qui étaient tombés ou retombés dans le péché, et même sur son très-cher Fils crucifié pour les apparences de péché qu'avait revêtues sa personne, vous devez grandement exciter votre volonté à craindre et détester l'offense de Dieu pour son énormité que l'effusion d'un sang divin a seule pu effacer et détruire. Haïssez donc le péché plus que le démon et l'enfer, cherchez les moyens de vous garantir de ce monstre, prévoyez-en les occasions, pour vous en garder et fortifiez votre esprit contre ses attaques. Si de là vous venez à méditer combien d'âmes se perdent tous les

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