CHAPITRE III. — DE LA MÉDITATION
la fuite du mal, comme la haine clu péché, la contrit: i de nos fautes, le zèle de justice contre notre chair, le courage nécessaire à l'extirpation de nos vices, au combat de nos appétits; les autres pour la recherche du bien, comme l'amour de la pureté de cœur, la crainte de Dieu, l'obéissance, l'humilité, le désir d'imiter Jésus, la compatissance à ses douleurs, la sainte joie de la gloire de Dieu et du bien des âmes, l'offrande de soi-même au souverain seigneur, les actes de conformité à sa -volonté, l'attendrissement sur nos ennemis mêmes, l'aspiration aux vertus de la Vierge et des saints, l'admiration des attributs divins et surtout les ardeurs d'amour envers notre Dieu infiniment aimable. Tous ces mouvements et autres semblables doivent se produire spécialement à la fin de la méditation et même après chaque point delà méditation ; bien plus ne craignez pas de vous y abandonner à tous les moments où ils se présentent.
Mais cela ne suffit pas ; il faut que ces affections, pour n'être pas une vaine fumée, se traduisent en résolutions; autrement Jésus-Christ nous dirait : Pourquoi m'appelez-vous Seigneur, Seigneur et ne faitesvous pas ce que je dis? (Luc. 6.) Souvenons-nous que l'enfer est plein de bonnes volontés et le paradis de bonnes œuvres. Il importe donc, après les affections, d'en venir aux fermes résolutions et surtout aux résolutions particulières sortant de la sphère générale où les résolutions ne sont encore que des sentiments. Ce n'est pas assez de se résoudre vaguement à l'humilité. Il faut particulariser en quoi, en quelle rencontre, par
quels actes on exercera cette vertu. Le temps de la méditation consacré à chercher les actes particuliers et les moyens pratiques d'exercer telle ou telle vertu, sera toujours très-bien employé.
Les résolutions prises et arrêtées, on finit par un colloque, ou une oraison, s'adressant à l'une des trois personnes divines, ou à toutes trois, ou à la sainte humanité de Jésus-Christ, ou à la vierge Marie, ou aux anges, ou à quelque saint, pour offrir nos résolutions à la divine bonté, afin qu'il lui plaise d'y donner sa bénédiction, et de nous les faire exécuter. « A quoi servirait la méditation qui précède, dit saint Bernard, si l'oraison ne la suivait pour obtenir le bien reconnu désirable? » Ainsi la Samaritaine considéra l'éloge que Notre-Seigneur lui faisait de cette eau admirable qui jaillit jusqu'à la vie éternelle, puis elle en eut soif et la demanda.
Au sortir de l'oraison, marchez avec retenue et circonspection, comme une personne qui portant un vase tout rempli d'une précieuse liqueur, marcherait à petits pas et les yeux fixés dessus, de peur d'en laisser tomber quelque goutte. Ayez ainsi le regard sur votre cœur, afin que le précieux baume de la dévotion n'aille pas se répandre parmi les objets du dehors et dans la multiplicité de vos actions; veillez aux grâces reçues, et observez les occasions qui se présentent d'en faire un bon usage. Vous avez été éclairé et touché, vous n'avez plus d'excuse qui vous justifie. La main de Dieu vous pousse et sa voix vous appelle; il faut l'entendre et le suivre tous les jours de votre vie.