QUELQUES AVIS POUR L'ORAISON
ARTICLE I
Des difficultés et des peines qui surviennent en méditant et de leurs remèdes.
Les difficultés que l'on rencontre à méditer et à ne penser qu'à Dieu seul naissent bien souvent, de ce que, n'étant pas encore bien habituée à considérer les choses de l'ordre surnaturel, l'âme ne peut aisément quitter les choses terrestres dont elle reçoit un vain contentement.
Le remède sera le long usage de la mortification de nos passions et la pratique des exercices de dévotion. Il nous faut ces deux choses pour nous élever à Dieu et monter à cet heureux état de tranquillité qui est comme une haute montagne de myrrhe et une colline d'encens, c'est-à-dire de mortification d'abord et ensuite de dévotion. (Cant. 4.)
Remarquons sur ce passage que nous mortifier c'est gravir une montagne, tant notre nature y est peu disposée ; mais de la mortification une fois acquise nous passons plus facilement à la dévotion qui n'a plus que la hauteur d'une colline.
Prenez garde que le démon pourrait artificieusement vous grossir ces difficultés dans l'espoir de vous faire remettre à un autre temps ce saint exercice, comme trop
dur et trop aride et, après cela, vous le faire quitter entièrement. Repoussez cette tentation par la pensée qu'en un travail comme celui-là, ou en tout autre, entrepris pour l'amour de Dieu, le mérite constitue le gros de la besogne et que, à ce point de vue, plus l'effort est grand, plus le résultat est considérable. La méditation vous est-elle difficile, fastidieuse, désirezla, pour cette raison môme, afin de souffrir quelque chose avec Jésus-Christ qui a tant souffert pour nous. C'est la peine et non le succès qui est la mesure de la récompense, puisque d'après saint Paul, a chacun recevra son salaire suivant son travail. » (I Cor. 3.) Notez qu'il ne dit pas selon le fruit qui en sortira, mais selon le travail qui y présidera. Si la méditation vous était de suite douce et aisée, vous auriez moins sujet d'en espérer profit et avantage.
Le troisième empêchement, c'est l'aveuglement provenant quelquefois du péché qui a été ou qui est encore dans une âme, et quelquefois aussi de la volonté de Dieu qui, pour quelque raison que nous ne savons pas, nous soustrait la lumière et refuse de nous la donner à notre gré. Les remèdes à cet aveuglement sont de bien purger par la pénitence les restes et les mauvais effets de nos iniquités passées, de nous tenir la conscience nette et de crier à Dieu persévéramment, comme les aveugles de l'Evangile, (Matth. 20.) jusqu'à ce que Dieu touché de nos prières veuille bien peu à peu dissiper nos nuages par l'éclat de ses visites.
Le quatrième empêchement, ce sont les aridités qui naissent pour l'ordinaire de l'absence des douceurs et