‹ La journée pieuse ou instructions pratiques pour sanctifier chaque jour par les exercices de la vie chrétienneChapitre 8 sur 233 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

INSTRUCTION GÉNÉRALE CONTENANT LA PRÉPARATION NÉCESSAIRE POUR RIEN PRATIQUER LES EXERCICES DE CE LIVRE, PAR PRINCIPE D'AMOUR DE DIEU ET POUR ACCOMPLIR SA SAINTE VOLONTÉ.

SECTION I

DE LA VIE SURNATURELLE DE LA CHARITÉ, QUI NE SURSISTE QUE PAR LES ŒUVRES CONFORMES A LA VOLONTÉ DIVINE.

ARTICLE I

Que la charité est une vie divine communiquée à nos âmes.

Bien que tout ce qui est en Dieu soit Dieu même (S. Bern. libr. 5 de Consid.) et que toutes ses perfections adorables soient la même chose que la divinité, notre entendement qui n'est devant ces hautes lumières qu'un hibou en présence du soleil, ne saurait comprendre une telle vérité. Les grandeurs que nous distinguons dans l'Être souverain, sa puissance, son immensité, sa sagesse, sa miséricorde, son éternité, sa justice et les autres attributs infinis qui sont

en lui comme les rayons dans le soleil; comme les fleuves dans la mer et comme les lignes dans un centre qu'elles traversent l, ne constituent qu'une même chose très-simple et très-indivisible; mais notre manière de concevoir nous fait séparer ces attributs, les mettre en rapport et même préférer les uns aux autres. A nos yeux, sa justice n'est point sa miséricorde; nous distinguons sa puissance d'avec sa sagesse ; nous disons même que sa sagesse est plus que sa puissance ou que sa miséricorde surpasse sa justice; et en cela, nous imitons le langage de David qui place la justice sur les montagnes, la vérité sur les nues, et la miséricorde dans le ciel. (Ps. 35.) Et où donc régnera la Charité, sinon au plus haut de l'empyrée, comme étant le point culminant de toute la perfection infiniment adorable de notre Dieu? C'est la Charité dont Dieu porte le nom d'une façon particulière. L'apôtre du divin amour dit par deux fois en un même chapitre, que « Dieu est charité, » (1 Joan. 4, v. 8 et 16.) comme si entre les autres perfections, elle était seule l'être, la substance et la vie de Dieu même. « Ce ne sont pas deux choses, dit saint Augustin , que la substance et la charité dans la trèssainte et suprême essence de la Trinité ; mais la substance est la charité même et la charité est la même substance, soit dans le Père, soit dans le Fils ou dans

1 « Dieu est un soleil entre les choses intelligibles, » dit saint Grégoire de Nazianze. « Dieu est une mer d'Être, » dit-il, ailleurs. Et saint Thomas : « C'est le propre de Dieu d'être le centre de tout amour. » Op. de amore Dei.

Page 1