CHAPITRE I. — INSTRUCTION GÉNÉRALE, ETC
le Saint-Esprit. » (S. Aug., 1. 15 de Tria., c. 17.) Il est vrai que Dieu est substantiellement la sagesse même, qu'il est la puissance substantielle et ainsi de tous les autres attributs. Mais il est particulièrement appelé la Charité. Et, de plus, l'Esprit d'amour qui a dicté ce langage au disciple bien -aimé lui a fait ajouter pour notre consolation que : « Celui qui demeure en charité, demeure en Dieu et Dieu en lui. » (1 Joan. 4.) Nous ne lisons ces mots dans l'Ecriture d'aucune autre perfection divine. Ainsi l'Ecriture ne dit pas : Dieu est sagesse et quiconque demeure en sagesse demeure en Dieu et Dieu demeure en lui.
0 sainte et divine Charité, tu es donc le nom propre de Dieu; tu es comme le premier et le plus sublime de ses attributs; tu es comme son être et sa vie, mais vie communicable aux hommes, puisque celui qui est charité demeure en Dieu, et que Dieu demeure en lui. C'est ici notre bonheur, c'est la gloire du christianisme que ce que nous concevons de principal, de plus haut et, si je puis ainsi parler, de plus caractéristique en Dieu soit pareillement ce qu'il y a dans le chrétien de principal, de plus haut et de plus caractéristique, à savoir, la charité. Dieu nous la communique de sa grâce et par sa grâce et, en nous la communiquant , il nous dit avec le Psalmiste : « Ma substance est en toi. » (Ps. 38.) L'être moral et la vie surnaturelle du chrétien, c'est donc l'être et la vie de Dieu même, c'est la charité participée de l'Être souverain qui est Charité. « Deus charitas est. »
Or, comme un père communique à un enfant sa
substance et sa vie dans la génération de nature, Dieu nous communique cette vie sainte en notre génération de baptême. C'est là que Dieu nous adoptant pour ses enfants a dit à chacun de nous ce qu'il dit hautement de son Fils dans les eaux du Jourdain : « Celui-ci est mon Fils bien -aimé en qui je me suis complu. » (Mat t. 3.) C'est là aussi, à l'instant où la vie et la filiation divine nous est infusée par la Charité, que le Saint-Esprit qui la répand dans nos âmes, descend invisiblement sur nous, comme il descendit visiblement sur le Verbe incarné.
Voilà donc notre vie, « cette vie cachée avec Jésus- Christ en Dieu, » suivant le langage de saint Paul; sans cela nous ne vivrions pas, nous ne serions absolument rien dans l'église. « Aimer et servir Dieu, c'est tout l'homme, dit le sage; donc sans cela l'homme n'est rien. » Cette conclusion est de saint Bernard. Mais l'apôtre ne dit-il pas en termes formels : « Sans la charité je ne suis rien? Quand je ferais des miracles, ou les actions les plus héroïques et les plus saintes, quand je souffrirais même le martyre, et le plus cruel, le plus insupportable des martyres, qui est celui du feu, je ne suis rien sans la charité, comme un homme n'est rien sans âme et sans vie. » (ICor. 13.)
Concluez de là que, si vous passez des jours, des heures, des mois et des années sans l'amour de Dieu, vous devez tenir tout ce temps-là pour néant. N'estimez point comme faisant partie de votre vie ni ces heures ni ces années, puisqu'elles sont privées de la vie qui est la charité, par laquelle vous devez plus