SCENE
(Auleverdurideau,ÉLÉAZAR,RÂCHEL, LÉOPOLl> et plusieurs juifs et juives parens d'Eléazar, sont à table et célèbrent la Pâque. Léopold et Rachel sont aux deux extrémités de la table, Eleazar lient le milieu.) ,
CHOEUR
O Dieu de nos pères, Toi qui nous éclaires, Parmi nous descend î O dieu de nos pères, Cache lios mystères A l'œil des médians!
ÉLÉAZAR
Si trahison ou perfidie
Osait se glisser parmi nous, '^ Que sur le parjure et l'impie
S'appesantisse ton courroux.
Et vous tous, en fans de Moïse, Gage de l'alliance à nos aïeux promise, Partagez-vous ce pain, par mes mains consacré. Et qu'un levain impur n'a jamais altéré.
(Il distiibue du pain sans levain à tous les convives. Le dernier à qui il en présente est Léopold qui hésite à porier le p;nn à ses lèvres. Il regarde tous les
convives, et voyant qu'on n'a pas les yeux sur lui, ille jette.)
RACHEL, qui Va aperçu.
Que vois-je?...
(On entend frapper à la porte à droite. Tout le monde se lève.)
CHOEUR
On frappe... ô terreur!
ÉLÉAZAR , aux convives.
Éteignez ces flambeaux...
(A Rachel.) Et va voir...
RACHEL
Ah ! je n'ose.
ÉLÉAZAR, s'approchant de la porte.
Qui frappe ainsi chez moi, lorsque la nuit est close? PLUSIEURS VOIX d'hommes, en dehors.
C'est de la part de l'empereur.
ÉLÉAZAR, aux convives.
Cachez tous ces apprêts.
RACHEL, 6^5 tt Léopold ct pvêlc à sortir.
Il faut qu'à l'instant même Je vous parle, SamUel.
LÉOPOLD, se disposant à la suivre.
Ah ! quel bonheur extrême !
ÉLÉAZAR, le retenant par la main»
Demeure !... une visite, à cette heure, en ces lieux, M'est suspecte... et ton bras^est fort et courageux, Il saura me défendre...
(A Rachel et aux autres juifs.)
Et vous, qu'on se retire!
ills sortent tous par la porte à gauche, et Rachel , la dernière, en faisant à Léopold des signes d'intelligence.)
S ci: IN E II.
ÉLÉAZAR, va ouvrir la porte de la rue; pendanl ce temps, LÉOPOLD, s' est retiré dans V enfoncement à droite, en tournant le don à EUDOXIE , qui entre.
ÉLÉAZAR, ouvrant la porte.
Entrez !
(Paraît Eudoxie, suivie de deux domestiques vêtus de la livrée de l'empereur, portant des flambeaux.)
LÉOPOLD , se retournant et V apercevant à la lueur des flambeaux.
Eudoxie! Ah ! grands dieux !
Comment me cacher à ses yeux ?
ÉLÉAZAR, à Eudoxie.
Que voulez-vous?
EUDOXIE
Je vais vous en instruire.
(Elle est au fond du théâtre et aperçoit Léopold , lui tournant le dos et cherchant à se cacher.) Quel est cet homme?
ÉLÉAZAR
Un peintre, un artiste fameux, Et dont l'habile main, utile à mon commerce, Sur l'or et le vélin avec talent s'exerce ; Mais si vous l'exigez, qu'il sorte...
EUDOXIE , souriant.
Non, vraiment.
Ma visite n'est pas un secret.
ÉLÉAZAR , souriant.
Et pourtant, L'ordre de l'empereur qui vers moi vous amène, Et ses riches valets, sa livrée...
EUDOXIE
Est la mienne.
Je suis %'A nièce,
ÉLÉAZAR, se prosternant.
0 ciel, et quel honneur pour moi 1
La princesse Eudoxie.
EunoxiB , souriant.
Eh! oui. Relève-toi.
DUO
EUDOXIE
Tu possèdes, diton, un joyau magnifique ?
ELÉAZAR
Oui ; je le destinais à quelque souverain : Une chaîne incrustée, une sainte relique, Que portait autrefois l'empereur Constantin.
EUDOXIE
Je veux la voir... celui que j'aime, Léopold, mon époux, des Hussites vainqueur...
LÉOPOLD , à droite^ et écoutant.
0 ciel !
EUDOXIE
Auprès de moi revient aujourd'hui même.
ÉLÉAZAR, souriant.
J'entends.
EUDOXIE, avec expression.
Non, tu ne peux concevoir mon bonheur.
EUDOXIE
Ah ! son image chérie en mon âme
Est gravée à jamais.
Ma vive flamme.
Fera mon bonheur désormais.
Par sa tendresse
Mes jours vont s'embellir,
O douce ivresse, Et quel heureux avenir!
LÉOPOLD
Oui, de son àme J'ai banni le repos à jamais.
ÉLÉAZAR
Je tremblais que cette femme Ne découvrit mon secret. Ali ! quel bonheur extrême,
Et pour moi quel plaisir!
Ces bons écus d'or que j'aime
Chezraoi vont revenir.
{Eléazar présente à Eudoxie un coffret où est renfermée la chaîne d'or inscrustée de pierres précieuses.)
EUDOXIE, la regardant.
Ah! quel feu, quel éclat!... Ce travail que j'admire Est digne du héros pour qui je le choisis.
ÉLÉAZAR, à demi-voix.
Trente mille florins, je ne puis rien déduire,
EUDOXIE
Qu'importe ?
(Avec tendresse.) C'est pour lui.
ÉLÉAZAR, à part.
Vive un cœur bien épris !
Le commerce et les arts y trouveront bénéfice.
LÉOPOLD
Non, rien n'égale mon supplice.
EUDOXIE, donnant un cachet à Eléazar.
Tenez... vous graverez son blason et le mien; Et puis, dans mon palais, demain... songez-y bien, Vous me l'apporterez.
ÉLÉAZAR
Que mes mains soient maudites Si j'y manquais.
EUDOXIE
Oui, je veux que demain, Aux yeux de l'empefeur, dans un pompeux festin , Ce joyau soit offert au vainqueur des Hussites. Et je prétends, moi-même, en gage de ma foi , Le placer sur ce cœur qui ne bat que pour moi.
ENSEMBLE
Ah ! son image chérie, etc.
LÉOPOLD
Oui, de son âme, etc.
ÉLÉAZAR
Ces bons écus d'orque j'aime, etc.
Ah î quel plaisir de tromper ces chrétiens! Je les hais tous...
(Il reconduit Eudoxie.)