LA CAPACITE DE PAIEMENT DE L ALLEMAGNE
orgueil le développement merveilleux ; ils montraient les usines rhénanes et silésiennes disputant les marchés du monde à l'Angleterre et ne cédant la première place qu'aux États-Unis ; les banques berlinoises marchant de succès en succès, absorbant à l'intérieur les vieilles sociétés provinciales, mettant leurs gigantesques moyens d'action au service de l'industrie et du commerce, rayonnant au dehors dans les deux Mondes^ fondant des succursales ou des filiales sur les principaux points du globe ; les grandes compagnies de navigation de Hambourg et de Brème luttant contre les armateurs britanniques, organisant des lignes sur toutes les mers du globe, venant chercher le trafic des voyageurs et des marchandises jusque dans les ports français et anglais.
Les statisticiens se plaisaient à supputer les centaines de milliards auxquels s'élevait la fortune germanique. La Banque impériale publiait, à l'occasion du vingt-cinquième anniversaire de sa fondation, en 1900, un volume dans lequel elle étalait complaisamment les chiffres qui attestaient ses progrès, les services rendus par elle au pays, notam-
ment dans l'accomplissement de la réforme monétaire, l'organisation des virements sur toute la surface du territoire, la régularisation du taux de l'escompte. Les changes avec l'étranger, en particulier avec la France, l'Angleterre, l'Amérique du Nord, se tenaient aux environs du pair ; l'or circulait en Allemagne ; les Prussiens et autres ressortissants de l'Empire voyageaient beaucoup, remplissant de leur faste quelque peu tapageur les villes d'eaux et stations de plaisance.
Dans une étude publiée en 1913, sous le titre significatif : le Bien-être du peuple allemand (Deutschlands Volks Wohlstand),^ le docteur Karl Helfïerich, ancien directeur d^e la Deutsche Bank, qui fut, au début de la guerre, ministre de l'Intérieur, puis ministre des Finances en 1917, et vice-chancelier de l'Empire, célébrait en termes dithyrambiques la puissance économique de son pays.
Étudiant les éléments de cette prospérité, l'auteur rappelait tout d'abord celui qui est à la base de tous les autres, la population. L'excédent des naissances sur les décès en Allemagne était, en 1913, de 13 pour mille ; la population, qui en 1870 ne dépassait guère