‹ La justice par l'état [microform]Chapitre 13 sur 35 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

toutes ses fonctions : il ne serait plus ni typographe, ni fabricant de tabac ou d'allumettes, ni fabricant de canons ou de cuirassés, ni propriétaire, ni prêtre, mais il serait toujours juge et policier, soldat et diplomate, ingénieur et professeur. L'administration serait aussi centralisée qu'aujourd'hui, et ce serait le suffrage universel qui mieux qu'aujourd'hui désignerait les gouvernants. Noire conception est voisine de rÉtat idéal parce que, en modifiant le moins possible le mécanisme de l'Ktat actuel, elle en changerait l'esprit. Au lieu d'être entre les mains d'une majorité qui n'est souvent qu'une minorité, l'Etat serait le représentant de toutes les volontés, puisqu'il serait leur arbitre impartial. Au lieu d'être un instrument d'oppression pour les fonctionnaires et pour les citovens, la centralisation administrative serait un instrument de justice puisqu'elle n'aurait d'autre but que de répartir équitablement entre tous sans exception les différents services publics. Et toutes les administrations ou plutôt toutes les magistratures de l'État, ayant plus qu'aujourd'hui conscience du but essentiel de la société politique, contribueraient à l'œuvre de justice. Elles auraient même devise : laisser à l'individu l'initiative de l'action, mais lui donner, s'il ne les a pas, les moyens de prendre cette initiative et lui assurer, l'action faite, une sanction; laisser agir, mieux encore donner le pouvoir d'agir, puis sanctionner l'action ; n'intervenir dans la vie de l'individu ni pour le paralyser, ni pour le diriger, mais intervenir pour lui permettre de montrer son mérite et intervenir ensuite pour apprécier ce mérite. En supprimant les deux grandes causes d'injustice, l'État remplira sa mission.

S'il est vrai que l'État dont nous avons esquissé le portrait soit à la fois voisin de l'État révélé par l'expérience et de l'État défini par la raison, nous avons fidèlement suivi notre méthode : notre élude est donc terminée. Son objet serait atteint si elle avait fourni aux lecteurs non pas la solution définitive de tous les problèmes sociaux, mais un principe assez lumineux pour éclairer leur conscience politique. Son objet serait atteint si elle offrait aux esprits non pas le plan détaillé de TÉlat idéal, mais ridée directrice capable de coordonner toutes les institutions publiques. Son objet serait atteint si elle avait démontré à quelques-uns qu'ils ne doivent juger les lois, les événements, les doctrines et les hommes politiques ni au nom de leur propre intérêt ni au nom de la raison d'État, mais au nom de la justice ; si elle leur avait démontré qu'au moment de choisir un gouvernant, ils ne doivent lui dire ni : <( Promettez-nous le bonheur », ni : « Veillez aux droits de l'État », mais : (( Jurez de n'écouter que la voix de la justice. »

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