La kabbale
avec celles de Platon et de Spinosa; qui, par sa forme, s'élèTe quelquefois jusqu'au ton majestueux de la po^ sie religieuse; qui a pris naissance sur la même terre et à peu près dans le même temps que le duristia» nisme; qui, pendant une période de plus de douze siècles , sans autre preuve que Thypothèse d'une antique tradition, sans autre mobile apparent que le désir de pénétrer plùs intimement dans le sens des livres saints, s'est développée et propagée à l'ombre du plus profond mystère: voilà ce que l'on trouve, après qu'on les a épurés de tout alliage, dans les monuments originaux et dans les plus anciens débris de la Kabbale ^ Dans un temps où l'histoire de la philosophie
I. C'est le mot hébreu nSap (foMokA ) qui, comme l'indique le radical Ssp eiprime l'action de reosToir : une doctrine reçue par tradition. Au contraire, le mot «immoiv^ «moD, désigne l'action de transmettre i une doctrine transniise par tradition. L'orthographe
que nous avons adoptée, et qui est depuis longtemps en usage en Âllemagoe (lUbbale au lieu de cal)ale), nous a semblé la plus propre
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et en général toutes les recherches historiques ont acquis tant d'importance, où Ton paraît enfin disposé à croire que l'esprit humain ne se révèle tout entier que dansTenseutble de ses œuvres, il m'a semblé qu'un tel sujet| considéré d'un point de vue supérieur à l'esprit de secte et de partie pourrait exciter un intérêt légitime, et que les difficultés mêmes dont il est hérissé, l'obscurité qu'il présente dans les idées comme dans le langage, seraient, pour celui qui oserait Taborder, une promesse d'indulgence. Mais ce n'est point par cette raison seule que la kabbale se recommande à l'atten- -tion de tous les esprits sérieux ; il faut se rappeler que, depuis le commencement du xvi^ siècle jusqu'au milieu du xvti*, elle a exercé sur la théologie, sur la philosophie, sur les sciences naturelles et sur la médecine, xme Inflnenee assez considérable; c'est véritablement son esprit qui inspirait les Pic de la Mirandole , les iteuchlin, les Cknrndius Agrippa, les Paracelse, les Henry Morus, les Robert Fludd, les Yan Helmont et jusqu'à Jacôb Bodmie, le plus grand de tons ces hom* mes égarés à la recherche de la science universelle, d'une scienee unique destinée à nous montrer dans les profondeurs les plus reculées de la nature divine Tessence véritable et l'enchaînement de toutes choses* Moins h^di qu'un critique moderne dont nous parle-
àfendie la pipoondalioii du tenus hébrea» Csst aussi celle que Baymond-LuUe ^aoa son Um 4e AudUu KMiUstioo raoonmaiide , comme la plus mets.
rons bientôt, je n'oserais point prononcer ici le nom de Spinosa.
Je n'ai pas la prétention d'avoir fait la découverte d'une terre entièrement inconnue. Je dirai, au contraire^ qu'il faut des années pour parcourir tout ce qui a été écrit sur la kabbale, depuis l'instant seulement où ses seerets furent trahis par la presse. Mais^ que d'opi-nions contradictoires, que de jugements passionnés, que de bizarres hypothèses et, en général, quel chaos indigeste dans cette, foule de livres hébreux, latins, ou allemands^ publiés sous toutes les formes et sillonnés de citations en toutes les langues! Ët remarquez bien qite le désaccord iie se montre pas seulement dans r2y;>préciation des doctrines qu'il s'agissait de faire connaitee ou devant le problème si compliqué de leur origine; il éclate d'une manière non moins sensible dans l'expositioa elle-tnème. On ne saurait donc regarder comme inutile un travail plus moderne, qui, prenant pour base les documents originaux, les traditions les plus accréditées, les textes les plus authentiques, ne dédaignerait pas ce qu'il y a de bon et de yrai dans lea recherches antérieures. Mais , avant de commencer l'ex^ eution de ce plan, je crois nécessaire de mettre sous les yeypL du lecteur une appréciation rapide de chacun des ouvrages ^i ont fait naître l'idée et qui contiennent, dans une certaine mesure, les éléments de celui-ci. On se fera ainsi une notion plus juste de Fétat de la
science sur cet obscur sujet et de la tâche que nos de-
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vanciers nous oi^t laissée* Tel est le Traî but de cette préface.
Je ne parlerai pas deskabbalistes modernes qui ont écrit en hébreu ; leur nombre est si considérable, les car ractères qui les distinguent individuellement ont si peu 4'importance et, sauf quelques rares exceptions, ils pénètrent si peu dans les profondeurs du système dont ils se disent les interprètes, qu'il serait fort difiicile et non moins fastidieux de les faire connaître chacun séparément. 11 suffira de savoir qu'ils se partagent en deux écoles qui furent fondées presque en même temps dans la Palestine, vers le milieu du xvi" siècle, luue par Moïse Corduero % ét l'autre par Isaac Loria'^ regardé par quelques juifs comme le précurseur du Messie. Tous deux*, malgré l'admiration superstitieuse qu^ils ' inspirent à leurs disciples, ne sont pourtant que des commentateurs sans originalité. Hais le premier, sans