part., fol. 442 recto, sect. nn
mais ne s'élève au-dessus de ce monde, n’a pas d'autre base que les attributs de la force, résumés dans la Royauté.
Outre ces trois éléments, le Zohar en reconnaît encore un autre d’une nature tout à fait extraordinaire, et dont l'antique origine se révèlera à nous dans la suite de ce travail : c'est la forme extérieure de l’homme conçue comme une existence à part et antérieure à celle du corps, en un mot l’idée du corps, mais avec les traits individuels qui distinguent chacun de nous. Cette idée descend du ciel et devient visible dès l'instant de la conception. « Au moment où s’accomplit l’union « terrestre, le Saint, dont le nom soit béni, envoie ici- « bas une forme à la ressemblance de l’homme et por- « ‘tant l'empreinte du sceau divin. Cette forme assiste « à l'acte dont nous venons de parler, et si l'œil pou- « valt voir ce qui se passe alors, on apercevrait au- « dessus de sa tête une image tout-à-fait semblable à « un visage humain, et cette image est le modèle d’a- « près lequel nous sommes procréés. Tant qu'elle n’est « pas descendue iei-bas, envoyée par le Seigneur, et « qu'elle ne s’est pas arrêtée au-dessus de notre tête, « la procréation n’a pas lieu; car il est écrit : Et Dieu « créa l’homme à son image. C’est elle qui nous reçoit « la première à notre arrivée dans ce monde; c’est elle « qui se développe avec nous quand nous grandissons, « et c’est avec elle encore que nous quittons la terre. « Son origine est dans le ciel (YYN chy x
« yon ). Au moment où les âmes sont sur le « point de quitter leur céleste séjour, chaque âme pa- « raît devant le roi suprême revêtue d’une forme su- « blime, où sont gravés les traits sous lesquels elle « doit se montrer ici-bas. Eh bien! l’image dont nous « parlons émane de cette forme sublime ; elle vient la « troisième après l'âme, elle nous précède sur la terre « et attend notre arrivée depuis l’instant de la concep- «tion; elle est toujours présente à l’acte de l’union « conjugale ‘. » Chez les kabbalistes modernes cette image est appelée le principe individuel (77m).
Enfin, sous le nom d'esprit vital (39r M ou simplement 1"), quelques-uns ont introduit dans la psychologie kabbalistique un cinquième principe, dont le siége est dans le cœur, qui préside à la combinaison et à l’organisation des éléments matériels, et qui se distingue entièrement du principe de la vie animale (nephesch), de la vie des sens, comme chez Aristote et les philosophes scolastiques , l'âme végétative ou nutritive (ro Operrumo) se distinguait de l’âme sensitive (x aicônrim). Cette opinion se fonde sur un passage allégorique du Zohar, où l’on dit que chaque nuït, pendant notre sommeil, notre âme monte au ciel pour y rendre compte de sa journée, et qu à ce moment le corps n'est plus animé que par un souffle de vie placé dans le cœur”.
4. Zokar, 3° part., fol. 107 recto et verso, sect. 19N 2. RDVNT VEDIDT DU TN V2 NOTA MITA 192 INNUN Nû Z'ohar, 4"° part., sect. 4 ne -N2903
Mais, à vrai dire, ces deux derniers éléments ne comptent pour rien dans notre existence spirituelle renfermée tout entière dans l'union intime de l'âme et de l'esprit. Quant à l'alliance momentanée de ces deux principes supérieurs avec celui des sens, c’est-à-dire, quant à la vie elle-même, par laquelle ils sont enchaînés à la terre, elle n’est point représentée comme un mal. On ne veut pas, à l'exemple d'Origène et de l’école gnostique, la faire passer pour une chute ou pour un exil, mais pour un moyen d'éducation et une salutaire épreuve. Aux yeux des kabbalistes, c'est une nécessité pour l'âme, une nécessité inhérente à sa nature finie, de jouer un rôle dans l’univers, de contempler le spectacle que lui offre la création, pour avoir la conscience d'elle-même et de son origine; pour rentrer, sans se confondre absolument avec elle, dans cette source inépuisable de lumière et de vie, qu’on appelle la pensée divine. D'ailleurs, l'esprit ne peut pas descendre, sans élever en même temps les deux principes inférieurs et jusqu'à la matière qui se trouve placée encore plus bas; la vie humaine, quand elle a été complète, est donc une sorte de réconciliation entre les deux termes extrêmes de l'existence considérée dans son universalité; entre d’idéal et le réel, entre la forme et la matière, ou, comme dit l'original, entre le roi et la reine. Voici ces deux conséquences exprimées sous une forme plus poétique, sans être pour cela méconnaissables : « Les âmes des justes sont au-dessus de toutes
« les puissances et de tous les serviteurs d'en haut. Et « si tu demandes pourquoi d’une place aussi élevée elles « descendent dans ce monde et s’éloignent de leur « source, voici ce que je répondrai : C'est à l'exemple « d'un roi à qui il vient de naître un fils et qui l'envoie « à la campagne pour y être nourri et élevé jusqu’à ce « qu'il ait grandi et soit préparé aux usages du palais « de son père. Quand on annonce à ce roi que l’édu- « cation de son fils est tout à fait terminée, que fait-il « dans son amour pour lui? Il envoie chercher, pour « célébrer son retour, la reine sa mère, il l’introduit « dans son palais et se réjouit avec lui tout le jour. Le «Saint (que son nom soit béni!) a aussi un fils de la « reine; ce fils, c'est l’âme supérieure et sainte. Il « l'envoie à la campagne, c’est-à-dire dans ce monde, « pour y grandir et être initié aux usages que l’on suit « dans le palais du roi. Quand il arrive à la connais- « sance du roi que son fils a achevé de grandir et que « le temps est venu de l'introduire auprès de lui, que « fait-il alors dans son amour pour lui? Il envoie, en « son honneur, chercher la reine et fait entrer son fils « dans son palais. L'âme, en effet, ne quitte pas la « terre, que la reine ne soit venue se joindre à elle « pour l’introduire dans le palais du roi où elle demeu- « rera éternellement. Et cependant les habitants de la « campagne ont coutume de pleurer quand le fils du « roi se sépare d'eux. Mais s’il y a là un homme clairvoyant, il leur dit : Pourquoi pleurez-vous? n'est-ce
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« pas le fils du roi? n'est-il pas juste qu'il vous ait « quittés pour aller demeurer dans le palais de son « père ? C’est ainsi que Moïse, qui savait, lui, la vérité, « voyant les habitants de la campagne (c’est-à-dire les « hommes) se lamenter, leur adressa ces paroles : Vous « êtes les fils de Jéhovah votre Dieu, ne vous déchirez « pas le visage pour pleurer un mort'. Si tous les « justes pouvaient savoir ces choses, ils accueilleraient « avec joie le jour où ils doivent quitter ce monde. Et « n'est-ce pas le comble de la gloire, que la reine (la « Schéhinah ou la présence divine ) descende au mi- « lieu d'eux, qu'ils soient admis dans le palais du roi « et qu'ils fassent ses délices dans l'éternité ?. » Nous retrouvons encore ici, dans les rapports qu’on aperçoit eptre Dieu, la nature et l’âme humaine, cette même forme de la trinité que nous avons si souvent rencontrée, et à laquelle les kabbalistes semblent avoir attaché une importance logique beaucoup plus étendue qu’elle ne pourrait l’être dans le cercle exclusif des idées religieuses.
Mais ce n’est pas seulement sous ce point de vue que la nature humaine est l’image de Dieu ; elle renferme aussi, à tous les degrés de son existence, les deux principes générateurs, dont la trinité, à l’aide d’un terme moyen qui procède de leur union, n’est que le résultat