Deuter. chap. 14, v
2. Zohar, 1'° part., fol. 245 verso. — Ce morceau a été traduit en latin par Joseph Voysin.
ou l'expression la plus complète. L’Adam céleste, étant le résultat d'un principe mâle et d’un principe femelle, il a fallu qu'il en fût de même de l'homme terrestre ; et cette distinction ne s'applique pas seulement au corps, mais aussi, mais surtout à l'âme, dût-on la considérer dans son élément le plus pur. « Toute forme, « dit le Zohar, dans laquelle on ne trouve pas le prin- « cipe mâle et le principe femelle, n’est pas une forme « supérieure et complète. Le Saint, béni soit-il, n’éta- « blit pas sa demeure dans un lieu où ces deux prin- « cipes ne sont-pas parfaitement unis; les bénédictions « ne descendent que là où cette union existe, comme « nous l'apprenons par ces paroles : Il les bénit et il « appela leur nom Adam le jour où il les créa; car « même le nom d'homme ne peut se donner qu’à un « homme et à une femme unis comme un seul être.»
De même que l'âme tout entière était d’abord confondue avec l'intelligence suprême, ainsi ces deux moitiés de l'être humain, dont chacune du reste comprend tous les éléments de notre nature spirituelle, se trouvaient unies entre elles avant de venir dans ce monde, où elles n’ont été envoyées qué pour se reconnaître et s'unir de nouveau dans le sein de Dieu. Cette idée n’est exprimée nulle part aussi nettement que dans le fragment qu'on va lire : « Avant de venir dans ce monde,
4 NIPVT VPN AND NADIN I9T IA TONUN NOT NIPUT 92 ND K2D131 OT NN IPN NO DIN TER MIT NDT2 NI Are part., fol. 55 verso, sect. ny2
« chaque âme et chaque esprit se compose d’un homme « et d’une femme réunis en un seul être; en descen- « dant sur la terre, ces deux moitiés se séparent et « vont animer des corps différents. Quand le temps du « mariage est arrivé, le Saint, béni soit-il, qui connaît « toutes les âmes et tous les esprits, les unit comme « auparavant, et alors ils forment comme auparavant « un seul corps et une seule âme... Mais ce lien est « conforme aux œuvres de l’homme et aux voies dans « lesquelles il a marché. Si l'homme est pur et s’il agit « pieusement , il jouira d'une union tout à fait sem- « blable à celle qui a précédé sa naissance‘. » L'auteur de ces lignes put avoit.entendu parler des Androgynes de Platon : d’ailleurs, ‘K°#0m même de ces êtres imaginaires est très copf dans les anciennes traditions des Hébreux ; mais combien sur ce point le philosophe grec est demeuré au-dessous du kabbaliste! On nous permettra aussi de faire observer que la question dont on est ici préoccupé, et même le principe par lequel elle est résolue, ne sont pas indignes d'un grand sysième de métaphysique; car si l’homme et la femme sont deux êtres égaux par leur nature spirituelle et par les lois absolues de la morale, ils sont loin d’être semblables par la direction naturelle de leurs facultés, et l'on a quelque raison de dire avec le Zohar que la dis-
1. pannoT napit 997 10702 102 pnowas qi quon 02 NATIIT TY VOD 721 NT JO NT PUOND JNNIT NNPWAI ND re part., fol. 9 verso. 131 71197
tinction des sexes n’existe pas moins pour les âmes que pour les corps.
La croyance que nous venons d'exposer est inséparable du dogme de la préexistence, et celui-ci, déjà renfermé dans la théorie des idées, s’enchaîne encore plus étroitement à celle qui confond l'existence et la pensée. Aussi ce dogme est-il avoué avec toute la clarté possible, à côté même du principe où il prend sa sourcg. Nous n'avons donc qu’à continuer notre modeste rôle de traducteur : « Dans le temps où le Saint, béni soit- « il, voulut créer l’univers, l'univers était déjà présent « dans sa pensée; alors il forma aussi les âmes qui de- « vaient dans la suite appartenir aux hommes; elles « étaient toutes devant lui, exactement sous la forme « qu’elles devaient avoir ‘plus tard däns le corps hu- « main. L'Éternel les regarda une à une, et il en vit « plusieurs qui devaient corrompre leurs voies dans ce « monde. Quand son temps est venu, chaeune de ces « âmes est appelée devant l'Éternel qui lui dit : Va, « dans telle partie de la terre, animer tel ou tel corps. « L’âme lui répond : O maître de l’univers, je suis heu- « reuse dans le monde où je suis, et je désire ne pas le « quitter pour un autre où je serai asservie et exposée « à toutes les souillures. Alors le Saint, béni soit-il, re- « prend : Du jour où tu as été créée, tu n'as pas eu « d'autre destination que d'aller dans le monde où je « t'envoie. Voyant qu’il faut obéir, l’âme prend avec
« douleur le chemin de la terre et vient descendre au
« milieu de nous'. » À côté de.cette idée, exprimée sous une forme plus simple, nous trouvons dans le passage suivant la doctrine de la réminiscence : « De même « qu'avant la création, toutes Jes choses de ce monde « étaient présentes à la pensée divine, sous les formes « qui leur sont propres, ainsi toutes les âmes humaines, « avant de descendre dans ce monde, existaient de- « vant Dieu, dans le ciel, sous la forme qu’elles ont con- « servée ici-bas ; et tout ce qu'elles apprennent sur la terre, «elles le savaient avant d'y arriver”. » On regrettera peut-être avee nous qu'un principe de cette importance ne soit pas suivi de quelques développements et ne tienne pas plus de place dans l'ensemble du système ; mais on sera forcé de convenir qu'il ne peut pas être formulé d’une manière plus catégorique.
Il faut cependant que nous nous gardions de confondre la doctrine de la préexistence avec celle de la prédestination morale. Avec celle-ci, la liberté humaine est entièrement impossible ; avec celle-là ellen’est qu’un mystère, dont le dualisme païen et le dogme biblique de la création ne sont pas plus propres à lever le voile que la croyance à l'unité absolue. Or, ce mystère est formellement reconnu dans le Zohar : « Si le Seigneur,
4. mob nm pho by 200 np wyaT RIDTA 2 part., fol. 96 Dva1 nya 322 27909 J2M05 JUNT J'NDW2 02 verso, sect. D'LEUD
2. nDbgO qui NO y sg nô noûg mena probe nn 551 3° part., fol. 61 verso, sect. m0 1rIN
« dit Simon ben Jochaï à ses disciples, si le Saint, béni * « soit-il, n'avait pas mis en nous le bon et le mauvais « désir, que l’Écriture nous représente sous l’image de « la lumière et des ténèbres, il n’y aurait, pour l’homme « de la création (pour l'homme proprement dit), ni « mérite ni culpabilité. Mais pourquoi en est-il ainsi ? « demandèrent les disciples. Ne vaudrait-il pas mieux, « quand même il n'existerait pour lui ni récompense « ni châtiment, que l'homme fût incapable de pécher « et de faire le mal ? Non, répliqua le maître ; il était « juste qu’il fût créé comme il est, et tout ce qu'a fait « le Saint, béni soit-il, était nécessaire. C'est à cause « de l’homme qu'a été faite la loi de la création. Or, « la loi est un vêtement de la Divinité. Sans l’homme « et sans la loi, la présence divine eût été comme un « pauvre qui n’a pas de quoi se couvrir’. » En d’autres termes, la nature morale de l’homme, l’idée du bien et du mal, qu'on ne saurait concevoir sans la liberté, est une des formes sous lesquelles nous sommes obligés de nous représenter l'être absolu. Nous avons, il est vrai, appris un peu plus haut que déjà, avant leur arrivée dans ce monde, Dieu reconnaît les âmes qui doivent un jour l’abandonner ; mais la liberté n’est pas compromise par cette opinion; au contraire, elle
4. VIN TNT RUPAI MOD NB MAD NADT 9 AUTT ND 0N 0 UT JA D ANT DIND HAMMAM ND JUN are part., fol. 25 131 nMIANN 2712 NDITIRT 132 72 191200 recto et verso.
* existe dès cette époque, et voici comment peuvent en abuser des esprits libres encore des chaînes de la matière : « Tous ceux qui font le mal dans ce monde ont « déjà commencé dans le ciel à s'éloigner du Saint, « dont le nom soit béni; ils se sont précipités à l’entrée « de l’abîme et ont devancé le temps où ils devaient « descendre sur la terre. Telles furent les âmes avant de « venir parmi nous’. »
/ C'est précisément pour concilier la liberté avec la destinée de l’âme; c’est pour laisser à l’homme Îa faculté d’expier ses fautes, sans le bannir pour toujours du sein de Dieu, que les kabbalistes ont adopté, mais en l’ennoblissant, le dogme pythagoricien de la métempsycose. IL faut que les âmes, comme toutes les existences particulières de ce monde, rentrent dans la substance absolue dont elles sont sorties. Mais pour cela, il faut qu'elles aient développé toutes les perfections dont le germe indestructible est en elles; il faut qu'elles aient acquis, par une multitude d'épreuves, la conscience d'elles-mêmes et de leur origine. Si elles n’ont pas rempli cette condition dans une première vie, elles en commencent une autre, et après celle-ci une troisième, en passant toujours dans une condition nouvelle, où il dépend entièrement d’elles d'acquérir les vertus qui leur ont manqué auparavant. Cet exil
1. qon VEN Roy wa pur monwn nor qui 05 RNYU PONTI NAN MONINT N3DV3 PÜNII 135 MPD PPNIND 3° part, fol. 61 verso, sect. np mt: N00y) qrnnat
cesse quand nous le voulons; rien non plus ne nous empèche de le faire durer toujours. « Toutes les âmes, « dit le texte, sont soumises aux épreuves de la trans- « migration, na913030 Pony, et les hommes ne sa- « vent pas quelles sont, à leur égard, les voies du « Très-Haut; ils ne savent pas comment ils sont jugés « dans tous les temps, et avant de venir dans ce monde « et lorsqu'ils l'ont quitté : ils ignorent combien de « transformations et d'épreuves mystérieuses ils sont « obligés de traverser; combien d’âmes et d’esprits « viennent en ce monde, qui ne retourneront pas dans « le palais du Roi céleste; comment enfin ils subis- « sent des révolutions semblables à celles d’une pierre « qu’on lance avec la fronde. Le temps est enfin venu « de dévoiler tous ces mystères ‘. » À ces paroles, si pleinement d'accord avec la métaphysique du Zohar, succèdent des détails où se révèle quelquefois l’imagination la plus poétique, que peut-être le génie de Dante aurait accueillis dans son œuvre immortelle, mais qui n'offrent aucun intérêt à l’histoire de la philosophie, et n’'ajoutent rien au système que nous désirons faire connaître. Nous ferons seulement remarquer que la transmigration des âmes, si nous en croyons saint Jérôme, a été longtemps enseignée parmi les premiers chrétiens comme une doctrine ésotérique
et traditionnelle, qui ne devait être confiée qu’à un :